—Il s'agit bien de mon état! reprit-il avec un dédain magnifique; je veux parler de Lise Trinquier.
—Lise Trinquier!... qu'est-ce que c'est que Lise Trinquier?
—Lise Trinquier! vous ne connaissez pas Lise Trinquier? Mais c'est la fille du plus riche vétérinaire d'Avignon, proche voisin du boulanger chez qui j'étais apprenti... Lise a perdu sa mère, qui lui a laissé trente mille francs, déposés chez M. Girard, notaire, rue Banasterie. Son père vient de se remarier avec une femme de quarante-cinq ans, qui n'aura pas d'enfant; sa fille aura encore mieux de vingt-cinq mille francs de ce côté-là. Enfin, monsieur le maire, Lise a une tante... une vieille tante qui est sa marraine, qui l'aime comme sa fille, et dont elle sera l'unique héritière.... Cette tante, madame Cuminal, est immensément riche: elle possède une maison à Montheux, un moulin, trois olivettes, un pré, un clos, un jardin potager; elle récolte, bon an, mal an, douze salmées de blé et quarante quintaux de garance... elle a une vigne, monsieur, et quelle vigne!... une vigne de deux hectares!
—J'aimerais mieux que ce fût d'un hectare (du nectar), dis-je étourdiment, oubliant qu'un maire ne doit pas se permettre de paillettes.
Polyte ne comprit pas: il était plongé jusqu'aux oreilles dans le Pactole de la tante Cuminal.
—Enfin, poursuivit-il, sa fortune est évaluée à quatre-vingt mille francs; et tout cela sera pour sa nièce, pour Lise Trinquier!
—Et Lise Trinquier est...
—Folle de moi, fit Polyte en donnant à ces trois mots la valeur d'un long poëme.
—Et on vous la donne, comme cela, tout uniment, sans que vous ayez à apporter autre chose que votre bonnet de coton?
—Ah! pardon... on exige avant tout que je sois réformé ou... exonéré.