—De justice et de générosité! qui en doute?
—Personne. Mais le Prince a juré tout à l'heure que celui qui empêcherait Osman-Beg de punir sa fille et son neveu serait lui-même mis à mort, sa maison pillée et son bien confisqué.
—Le Prince a fait un tel serment?
—Je vous l'affirme sur ma tête.
—Pourquoi prendre une résolution si vive?
—Vous allez le comprendre. Le Prince a un enfant malade dans le harem. Il a fait vœu hier au soir, afin d'obtenir la guérison de l'être aimé et de calmer la mère, d'accorder ce matin la première demande que lui ferait la première personne qu'il rencontrerait. Le sort a voulu que cette première personne fût Osman-Beg. Vous n'ignorez pas que le Prince tient ses promesses?
—Surtout celles-là, murmura Abdoullah-Khan consterné.
Il regarda le Moulla, il regarda le médecin et se trouva fort embarrassé. Le Prince de Kandahar n'était ni méchant, ni tyrannique; mais il aimait tendrement ses femmes et ses enfants, et, puisqu'il avait fait un vœu pour chasser la maladie de son harem, il ne voudrait certainement y manquer, pour rien au monde. En outre, Abdoullah-Khan ne laissait pas de se rendre compte de la magnificence de son propre palais, de la beauté de ses tentures et de ses tapis, de la plénitude connue de ses coffres, et il ne trouvait pas que cette splendeur constituât, en sa faveur, une circonstance atténuante, si, par une rébellion inopportune, il tombait sous le coup de la confiscation. Plus il réfléchissait, plus il devenait perplexe, et ses deux interlocuteurs le laissaient tout à fait libre, par leur silence, de poursuivre une méditation qu'ils jugeaient salutaire et dont ils attendaient les meilleurs résultats. Enfin, Abdoullah-Khan releva la tête et s'écria péremptoirement:
—Qu'on fasse venir mon fils Akbar!
Au bout d'un moment, Akbar entra, salua et se tint debout près de la porte.