—Oui, je le sais!
—Tant mieux! Cela nous distraira de le parler quelquefois.
—Mourad, fils d'Hassan-Bey, quelle honte! oublie pour jamais toutes ces infamies!
—Tu as raison! Je suis un Tatar et rien autre, et je ne veux être que ça, et puissé-je être mis en dix mille morceaux, si nos enfants ne sont des Musulmans parfaits! Mais c'est assez raisonner! Voici ce qui reste à faire: je vais te quitter parce que le jour arrive. A midi, viens me trouver à la maison de poste. Là, je t'habillerai comme mon ordonnance. Nous partons à une heure dans un grand tarantass qu'on m'a prêté; nous filons rapidement: à six lieues d'ici, nous quittons la route, et bonsoir! Les Russes ne te reverront jamais ici; moi, ils ne me regarderont que le sabre à la main!
Omm-Djéhâne se jeta dans ses bras. Ils s'embrassèrent, et Assanoff sortit.
Quand il fut dans la rue, il était enchanté de lui-même, enchanté de ses projets, et très amoureux de sa cousine, la trouvant adorable. Il le faut avouer, accoutumé à ne jamais suivre qu'une idée à la fois, il avait complètement oublié son compagnon de route, et, lorsqu'il avait assigné pour rendez-vous à Omm-Djéhâne la maison de poste, il ne songeait nullement que Moreno l'y attendait.
Ce souvenir lui revint tout à coup.
—Peste! dit-il, c'est une bonne étourderie!
Il ne resta pas longtemps soucieux, n'en ayant pas l'habitude, plus que de réfléchir.
—Je m'ouvrirai de tout à Moreno. Il a conspiré, il sait ce que c'est. Au lieu de me gêner, il m'aidera.