Le derviche se leva et marcha dans la grotte. Kassem le suivait. Ils s'enfoncèrent dans les profondeurs de la terre. Bientôt la clarté du jour les abandonna. Ils s'avancèrent dans le crépuscule, puis bientôt dans les ténèbres. Ils ne prononçaient un mot ni l'un ni l'autre. Au bout de quelque temps, Kassem sentit, sous ses mains portées en avant, la roche vive, et il s'aperçut que le derviche la tâtait de ses doigts. Autour d'eux, s'accumulaient des blocs de pierre jetés là par des éboulements souterrains et qu'ils avaient escaladés. Le derviche soupirait profondément, prenait haleine et recommençait à soupirer. Kassem se rendit compte que son maître cherchait à déranger les roches. Tout à coup, il se sentit pris fortement par le poignet, et le derviche, le traînant violemment en arrière, le ramena dans un endroit où passait une bande de jour.
—Il y a quelque chose en toi, s'écria-t-il, qui nous empêche de réussir! Je le vois maintenant, je le sais, j'en suis sûr! Tu es honnête, tu es dévoué, tu es bon et fidèle! Mais il y a quelque chose! Je ne sais quoi! Tu n'es pas tout entier à l'œuvre sainte! Parle! avoue!
---C'est vrai, répondit Kassem en tremblant, c'est vrai; pardonnez-moi. Je ne suis pas tel que je devrais.
---Qu'y a-t-il? s'écria le derviche en serrant les dents; ne me cache rien mon fils, il faut que je sache tout pour y porter remède. N'aie pas peur, parle!
Kassem hésita un moment. Il était devenu tout pâle. Il comprenait qu'il ne fallait pas hésiter. Il n'était pas là en présence du monde, mais en présence d'un redoutable infini.
—J'aime, dit-il.
—Quoi?
—Amynèh!
—Ah! malheureux!
L'Indien se tordit les marcs et resta comme absorbé dans une douleur qui ne trouvait pas de paroles. Enfin, il fit un effort,