Ceux qui demeurent au front de la banale mêlée et qui ont épuisé, d'avance, l'ennui de la victoire certaine, portent souvent envie aux morts: «Invideo, quia quiescunt!» disait le triste Luther.

Durant de longues années, sans découragements ni concessions, Augusta Holmès, on doit le constater en toute justice, n'a cessé d'espérer le moment qui, depuis l'exécution de ses Argonautes, d'abord aux Concerts Populaires, et plus tard, enfin, au Conservatoire, l'a rendue non-seulement célèbre, mais incontestable dans l'Art musical. Et ceci au point que notre si éclairé Conseil municipal lui-même, en 1881, l'a nommée officiellement (nonobstant le sexe dont elle a déclaré souvent ne faire partie qu'à regret) membre du jury de l'examen pour les Concours de la Ville de Paris. C'est la première fois qu'une distinction d'un ordre aussi «sérieux» est accordée à une femme.


Tout le Paris des premières connaît de vue cette musicienne aux cheveux dorés, très noblement belle,—et dont le front élevé annonce les hautes qualités artistiques.

Ses œuvres se sont succédées, d'année en année, toujours revêtues d'un caractère de science plus élevé, et d'une beauté de lignes mélodiques toujours plus recherchée et plus pure.

Les quelques auditions orchestrales, à la salle Herz et ailleurs, n'ont mis en lumière que des fragments de ses drames lyriques: Astarté, Héro et Léandre, Lancelot, la Montagne-Noire, dont elle a composé aussi les très brillants poèmes. Cependant, il nous a été possible, en ces seules soirées, de remarquer, en sa manière, le crescendo de puissance qui affirme les talents d'élite.

Certes, ces ouvrages—joints à une centaine de chants isolés, oratorios, symphonies—comme celle de Lutèce et d'Irlande, par exemple (dont la première fut couronnée au concours de Paris), les Sept Ivresses, les Sérénades et tant d'autres recueils de mélodies d'un beau renom dans le monde artistique—constituent, déjà, une œuvre résistante et qui suffirait à l'illustration d'UN musicien. L'on se souvient encore du succès hors de pair qu'obtint la première audition des Argonautes, exécutée avec l'Orchestre et les chœurs, aux Concerts Populaires. La presse musicale consacra la robuste beauté de cet ouvrage par ces unanimes éloges dont fut encore accueillie la symphonie d'Irlande.

La plus récente de ses œuvres, Pologne, fut également saluée, aux Concerts populaires, par des applaudissements d'un caractère définitif en ce qu'ils placèrent Mlle Augusta Holmès, malgré le recherché de sa manière, au rang de nos compositeurs sympathiques même à la foule.—Pologne est inspirée d'après le tableau si dramatique de M. Tony Robert Fleury: les Massacres de Varsovie:

«Tu prieras, tu riras, et danseras—et les balles de l'ennemi traverseront tes fêtes—et tu subiras le martyre, triomphante, en chantant».

—Telle est l'épigraphe que l'auteur s'est proposée de traduire en des harmonies mélodiques, sauvages parfois et savantes.