Donc le digne tragédien, y ayant transporté sa couche, des vivres et un grand miroir pour y étudier ses effets de physionomie, s’y enferma, sur-le-champ, à l’abri de tout soupçon humain.
Autour de lui se plaignait la mer, où le vieil abîme des cieux baignait ses stellaires clartés. Il regardait les flots assaillir sa tour sous les sautes du vent, comme le Stylite pouvait contempler les sables s’éperdre contre sa colonne aux souffles du shimiel.
Au loin, il suivait, d’un regard sans pensée, la fumée des bâtiments ou les voiles des pêcheurs.
A chaque instant ce rêveur oubliait son incendie.—Il montait et descendait l’escalier de pierre.
Le soir du troisième jour, Lepeinteur, disons-nous, assis dans sa chambre, à soixante pieds au-dessus des flots, relisait un journal de Paris où l’histoire du grand sinistre, arrivé l’avant-veille, était retracée.
—Un malfaiteur inconnu avait jeté quelques allumettes dans les caves de pétrole. Un monstrueux incendie qui avait tenu sur pied, toute la nuit, les pompiers et le peuple des quartiers environnants, s’était déclaré au faubourg du Temple.
Près de cent victimes avaient péri: de malheureuses familles étaient plongées dans la plus noire misère.
La place tout entière était en deuil, et encore fumante.
On ignorait le nom du misérable qui avait commis ce forfait et, surtout, le mobile du criminel.
A cette lecture, Chaudval sauta de joie et, se frottant fiévreusement les mains, s’écria: