Un pareil instrument trouve, tout naturellement, sa place parmi les étrennes utiles à propager dans les familles, à ce double titre: la joie des enfants et la tranquillité des parents.
L’on peut aussi le glisser dans un œuf de Pâques, le suspendre aux arbres de Noël, etc.
L’illustre inventeur fait une remise aux journaux qui voudront l’offrir en prime à leurs abonnés; il se recommande également aux promoteurs de tombolas; les loteries nationales en redemandent.
Ce bijou peut être placé à propos sous la serviette d’un aïeul dans un dîner de fête—ou dans un repas de noces—ou dans la corbeille, comme présent à la belle-mère, ou même offert, tout bonnement, de la main à la main, aux progénitures de ses vieux amis de la province lorsqu’on désire causer à ceux-ci ce qui s’appelle une charmante surprise.
Figurons-nous, en effet, l’heure de la sieste du soir dans une petite ville.—Les mères de famille, ayant fait leurs emplettes, sont rentrées chacune chez soi. L’on a dîné.—La famille a passé au salon. C’est l’une de ces veillées sans visites, où, rassemblés autour de l’âtre, les parents somnolent un peu. La lampe est baissée, et l’abat-jour adoucit encore sa lumière. Les mèches des bonnets de soie noire dépassent, inclinées, les oreillards des fauteuils. Le loto, parfois si tragique, est suspendu; le jeu de l’Oie, lui-même, est relégué dans le grand tiroir. La gazette gît aux pieds des dormeurs. Le vieil invité, disciple (tout bas) de Voltaire, digère paisiblement, plongé dans quelque moelleux crapaud. On n’entend que l’aiguille égale de la jeune fille piquant sa broderie auprès de la table et scandant ainsi la paisible respiration des auteurs de la sienne, le tout mesuré sur le tic-tac de la pendule. Bref, l’honnête salon bourgeois respire la quiétude bien acquise.
Doux tableaux de la famille, le Progrès, loin de vous exclure, vous rajeunit, comme un habile tapissier rénove des meubles d’antan!
Mais, ne nous attendrissons pas.
A quoi vont s’amuser, alors, les enfants, au lieu de faire du bruit et de réveiller les parents en courroux, avec leurs anciens jouets,—si tapageurs!—Regardez!—Les voici qui viennent, sur la pointe des pieds, on tip toe, en comprimant les frais éclats de leur fou rire inextinguible.—Chut!... Ils approchent, innocemment, de la bouche de leurs ascendants le petit Appareil du professeur Schneitzoëffer (junior)!—(En France on prononce Bertrand, pour aller plus vite.)
C’est là le jeu!—Pauvres petits!...—Ils s’exercent!... Ils préludent à ce moment (hélas! auquel il devrait être si normal de s’habituer de bonne heure), où ils feront la chose pour de vrai. Ils usent ainsi, par une sorte de gymnastique morale, le trop poignant du chagrin futur qu’ils éprouveraient de la perte de leurs proches (n’étant cette factice accoutumance). Ils en émoussent, à l’avance, le crève-cœur final!
L’ingénieux du procédé consiste à recueillir, dans cet alambic de luxe, bon nombre d’avant-derniers souffles, pendant le sommeil de la Vie, pour pouvoir, un jour, en comparant les précipités, reconnaître en quoi s’en différencie le premier du sommeil de la Mort. Cet amusement n’est donc, au fond, qu’un fortifiant préventif, qui dépure, d’ores et déjà, de toutes prédispositions aux émotions trop douloureuses, les tempéraments si tendres de nos benjamins! Elle les familiarise artificiellement avec les angoisses du jour de deuil, qui, ALORS, ne seront plus que connues, ressassées et insignifiantes.