Ceci fut lancé au milieu d’un groupe de courtisans. Autour d’eux bruissaient les rires et les refrains de l’époque; mais le tapage ne couvrit pas la phrase imprudente du jeune homme. La gageure, acceptée au choc des coupes, parvint aux oreilles de Louis d’Orléans.
Louis d’Orléans, beau-frère de la reine, avait été distingué par elle, dès les premiers temps de la régence, d’un attachement passionné. C’était un prince brillant et frivole, mais des plus sinistres. Il y avait, entre Ysabeau de Bavière et lui, certaines parités de nature qui font ressembler leur adultère à un inceste. En dehors des regains capricieux d’une tendresse fanée, il sut toujours se conserver, dans le cœur de la reine, une sorte d’affection bâtarde qui tenait plutôt du pacte que de la sympathie.
Le duc surveillait les favoris de sa belle-sœur. Lorsque l’intimité des amants semblait devenir menaçante pour l’influence qu’il tenait à garder sur la reine, il était peu scrupuleux sur les moyens d’amener entre eux une rupture presque toujours tragique; l’un de ces moyens fût-il même la délation.
Le propos en question fut donc rapporté, par ses soins, à la royale amie du vidame de Maulle.
Ysabeau sourit, plaisanta cette parole, et sembla n’y point donner plus d’attention.
La reine avait ses mires qui lui vendaient les secrets de l’Orient propres à exaspérer le feu des désirs conçus pour elle. Cléopâtre nouvelle, c’était une grande épuisée, plutôt faite pour présider des cours d’amour au fond d’un manoir ou donner des modes à une province que pour songer à libérer de l’Anglais le sol du pays. En cette occasion, cependant, elle ne consulta aucun de ses mires,—pas même Arnaut Guilhem, son alchimiste.
Une nuit, à quelque temps de là, le sire de Maulle était auprès de la reine, à l’hôtel Barbette. L’heure était avancée; la fatigue du plaisir ensommeillait les deux amants.
Tout à coup, M. de Maulle crut entendre, dans Paris, des sons de cloches agitées à coups isolés et lugubres.
Il se dressa:
—Qu’est-ce que cela? demanda-t-il.