—Plaisante question!—répondis-je, pour faire du dialogue.
Et je le regardai.
En me rappelant ses goûts littéraires, je crus qu’il venait me soumettre le dénouement d’une pièce conçue par lui dans le silence de la province.
—Si j’en ai entendu parler! Mais c’est mon métier d’auteur dramatique d’ourdir, de régler et de dénouer les affaires de ce genre!—Les rencontres, même, sont ma partie et l’on veut bien m’accorder que j’y excelle. Tu ne lis donc jamais les gazettes du lundi?
—Eh bien, me dit-il, il s’agit, tout justement, de quelque chose comme cela.
Je l’examinai. Raoul semblait pensif, distrait. Il avait le regard et la voix tranquilles, ordinaires. Il avait beaucoup de Surville en ce moment-là... de Surville dans ses bons rôles, même.—Je me dis qu’il était sous le feu de l’inspiration et qu’il pouvait avoir du talent... un talent naissant... mais, enfin, là, quelque chose.
—Vite, m’écriai-je avec impatience, la situation! Dis-moi la situation!—Peut-être qu’en la creusant...
—La situation? répondit Raoul en ouvrant de grand yeux,—mais elle est des plus simples. Hier matin, à mon arrivée à l’hôtel, je trouve une invitation qui m’y attendait, un bal pour le soir même, rue Saint-Honoré, chez madame de Fréville.—Je devais m’y rendre. Là, dans le cours de la fête (juge de ce qui a dû se passer!) je me suis vu contraint d’envoyer mon gant à la figure d’un monsieur, devant tout le monde.
Je compris qu’il me jouait la première scène de sa «machine».
—Oh! oh! dis-je, comment amènes-tu cela?—Oui, un début. Il y a là de la jeunesse, du feu!—Mais la suite? le motif? l’agencement de la scène?—l’idée du drame? l’ensemble, enfin!—A grands traits!... Va! va!