Je me trouvai dans un long corridor à l’extrémité duquel Nanon, la gouvernante, vieille et réjouie, descendait l’escalier, une chandelle à la main.

—Monsieur Xavier!... s’écria-t-elle, toute joyeuse en me reconnaissant.

—Bonsoir, ma bonne Nanon! lui répondis-je, en lui confiant, à la hâte, ma valise et mon fusil.

(J’avais oublié ma houppelande dans ma chambre, au Soleil d’or.)

Je montai. Une minute après, je serrai dans mes bras mon vieil ami.

L’affectueuse émotion des premières paroles et le sentiment de la mélancolie du passé nous oppressèrent quelque temps, l’abbé et moi.—Nanon vint nous apporter la lampe et nous annoncer le souper.

—Mon cher Maucombe, lui dis-je en passant mon bras sous le sien pour descendre, c’est une chose de toute éternité que l’amitié intellectuelle, et je vois que nous partageons ce sentiment.

—Il est des esprits chrétiens d’une parenté divine très rapprochée, me répondit-il.—Oui.—Le monde a des croyances moins «raisonnables» pour lesquelles des partisans se trouvent qui sacrifient leur sang, leur bonheur, leur devoir. Ce sont des fanatiques! acheva-t-il en souriant. Choisissons, pour foi, la plus utile, puisque nous sommes libres et que nous devenons notre croyance.

—Le fait est, lui répondis-je, qu’il est déjà très mystérieux que deux et deux fassent quatre.

Nous passâmes dans la salle à manger. Pendant le repas, l’abbé, m’ayant doucement reproché l’oubli où je l’avais tenu si longtemps, me mit au courant de l’esprit du village.