—Eh! c’est mon inconnu de Wiesbaden! me dis-je tout bas, après quelque recherche.
Comme ce monsieur m’avait rendu, en Allemagne, un de ces services légers que l’usage permet d’échanger entre voyageurs (oh! tout bonnement à propos de cigares, je crois, dont il m’avait indiqué le mérite au salon de conversation), je lui rendis le salut.
L’instant d’après, au foyer, comme je cherchais du regard le phénix en question, je vis venir l’étranger au-devant de moi. Son abord ayant été des plus aimables, il me parut de bonne courtoisie de lui proposer notre assistance s’il se trouvait trop seul en ce tumulte.
—Et qui dois-je avoir l’honneur de présenter à notre gracieuse compagnie? lui demandai-je, souriant, lorsqu’il eut accepté.
—Le baron Von H***, me dit-il. Toutefois, vu les allures insoucieuses de ces dames, les difficultés de prononciation et ce beau soir de carnaval, laissez-moi prendre, pour une heure, un autre nom,—le premier venu, ajouta-t-il: tenez... (il se mit à rire): le baron Saturne, si vous voulez.
Cette bizarrerie me surprit un peu, mais comme il s’agissait d’une folie générale, je l’annonçai, froidement, à nos élégantes, selon la donnée mythologique à laquelle il acceptait de se réduire.
Sa fantaisie prévint en sa faveur: on voulut bien croire à quelque roi des Mille et une Nuits voyageant incognito. Clio la Cendrée, joignant les mains, alla jusqu’à murmurer le nom d’un nommé Jud, alors célèbre, sorte de criminel encore introuvé et que différents meurtres avaient, paraît-il, illustré et enrichi exceptionnellement.
Les compliments une fois échangés:
—Si le baron nous faisait la faveur de souper avec nous, pour la symétrie désirable? demanda la toujours prévenante Annah Jackson, entre deux bâillements irrésistibles.
Il voulut se défendre.