Évoquant des sauces oubliées, le receveur particulier se perdait en conjectures. Le sous-préfet calculait et prophétisait des suprêmes de phénix servis sur leurs cendres;—des phénicoptères inconnus voletaient dans ses rêves. Il citait Apicius.

Le conseil municipal relisait Pétrone, le critiquait. Les notables disaient: «Il faut attendre», et calmaient un peu l’effervescence générale. Tous les invités, sur l’avis du sous-préfet, prirent des amers huit jours à l’avance.

Enfin, le grand jour arriva.

La maison de Me Percenoix était sise près des Promenades, à une portée de fusil de celle de son rival.

Dès quatre heures du soir, une haie s’était formée, devant la porte, sur deux rangs, pour voir venir les convives. Au coup de six heures, on les signala.

L’on s’était rencontré aux Promenades, comme par hasard, et l’on arrivait ensemble.

Il y avait, d’abord, le sous-préfet, donnant le bras à madame Lecastelier; puis le receveur particulier et le directeur de la poste; puis trois personnes d’une haute influence; puis le docteur, donnant le bras au banquier; puis une célébrité, l’Introducteur du phylloxera en France; puis le proviseur du lycée, et quelques propriétaires fonciers. Me Lecastelier fermait la marche, prisant, parfois, d’un air méditatif.

Ces messieurs étaient en habit noir, en cravate blanche, et montraient une fleur à leur boutonnière: madame Lecastelier, maigre, était en robe de soie couleur souris-qui-trotte, un peu montante.

Arrivés devant le portail, et à l’aspect des panonceaux qui brillaient des feux du couchant, les convives se retournèrent vers l’horizon magique: les arbres lointains s’illuminaient; les oiseaux s’apaisaient dans les vergers voisins.

—Quel sublime spectacle! s’écria l’Introducteur du phylloxera en embrassant, du regard, l’Occident.