Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là!
Voici dix ans d’envolés depuis le soleil de cette fête! Mêmes bruits, mêmes voix, même fumée! Une sourdine, toutefois, tempérait alors le tumulte de l’allégresse publique. Une ombre aggravait les regards. Les salves convenues de la plate-forme du Prytanée se compliquaient, cette fois, du grondement éloigné des batteries de nos forts. Et, tendant l’oreille, le peuple cherchait à discerner déjà, dans l’écho, la réponse des pièces ennemies qui s’approchaient.
Le gouverneur passait, adressant à tous maints sourires et guidé par l’amble-trotteur de son fin cheval. Le peuple, rassuré par cette confiance que lui inspire toujours une tenue irréprochable, alternait de chants patriotiques les applaudissements tout militaires dont il honorait la présence de ce soldat.
Mais les syllabes de l’ancien vivat furieux s’étaient modifiées: le peuple, éperdu, proférait ce vœu du moment:
—«Vive la République!»
Et, là-bas, du côté du seuil sublime, on distinguait toujours la voix solitaire de Lazare. Le Diseur de l’arrière-pensée populaire ne modifiait pas, lui, la rigidité de sa fixe plainte.
Ame sincère de la fête, levant au ciel ses yeux éteints, il s’écriait, entre des silences, et avec l’accent d’une constatation:
—«Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît!»
Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là!
Voici neuf ans de supportés depuis ce soleil trouble!