Que signifiait cet isolement de l’insoucieux seigneur anglais? Subissait-il quelque attaque de spleen?—Lui, ce cœur si natalement joyeux! Impossible!...—Quelque mystique influence apportée de son voyage en Orient?—Peut-être.—L’on s’était inquiété, à la cour, de cette disparition. Un message de Westminster avait été adressé, par la Reine, au lord invisible.

Accoudée auprès d’un candélabre, la reine Victoria s’était attardée, ce soir-là, en audience extraordinaire. A côté d’elle, sur un tabouret d’ivoire, était assise une jeune liseuse, miss Héléna H***.

Une réponse, scellée de noir, arriva de la part de lord Portland.

L’enfant, ayant ouvert le pli ducal, parcourut de ses yeux bleus, souriantes lueurs de ciel, le peu de lignes qu’il contenait. Tout à coup, sans une parole, elle le présenta, paupières fermées, à Sa Majesté.

La reine lut donc, elle-même, en silence.

Aux premiers mots, son visage, d’habitude impassible, parut s’empreindre d’un grand étonnement triste. Elle tressaillit même: puis, muette, approcha le papier des bougies allumées.—Laissant tomber ensuite, sur les dalles, la lettre qui se consumait:

—Mylords, dit-elle à ceux des pairs qui se trouvaient présents à quelques pas, vous ne reverrez plus notre cher duc de Portland. Il ne doit plus siéger au Parlement. Nous l’en dispensons, par un privilège nécessaire. Que son secret soit gardé! Ne vous inquiétez plus de sa personne et que nul de ses hôtes ne cherche jamais à lui adresser la parole.

Puis congédiant, d’un geste, le vieux courrier du château:

—Vous direz au duc de Portland ce que vous venez de voir et d’entendre, ajouta-t-elle après un coup d’œil sur les cendres noires de la lettre.

Sur ces paroles mystérieuses, Sa Majesté s’était levée pour se retirer en ses appartements. Toutefois, à la vue de sa liseuse demeurée immobile et comme endormie, la joue appuyée sur son jeune bras blanc posé sur les moires pourpres de la table, la reine, surprise encore, murmura doucement: