Était-ce un agonisant qui se tenait debout, là, près de ce lit? La figure qui était devant moi n’était pas, ne pouvait pas être celle du souper! Ou, du moins, si je la reconnaissais vaguement, il me semblait que je ne l’avais vue, en réalité, qu’en ce moment-ci. Une seule réflexion me fera comprendre: l’abbé me donnait, humainement, la seconde sensation que, par une obscure correspondance, sa maison m’avait fait éprouver.

La tête que je contemplais était grave, très pâle, d’une pâleur de mort et les paupières étaient baissées. Avait-il oublié ma présence? Priait-il? Qu’avait-il donc à se tenir ainsi!—Sa personne s’était revêtue d’une solennité si soudaine que je fermai les yeux. Quand je les rouvris, après une seconde, le bon abbé était toujours là,—mais, je le reconnaissais maintenant!—A la bonne heure! Son sourire amical dissipait en moi toute inquiétude. L’impression n’avait pas duré le temps d’adresser une question. Ç’avait été un saisissement,—une sorte d’hallucination.

Maucombe me souhaita, une seconde fois, la bonne nuit et se retira.

Une fois seul:

—Un profond sommeil, voilà ce qu’il me faut! pensai-je.

Incontinent je songeai à la Mort; j’élevai mon âme à Dieu et je me mis au lit.

L’une des singularités d’une extrême fatigue est l’impossibilité du sommeil immédiat. Tous les chasseurs ont éprouvé ceci. C’est un point de notoriété.

Je m’attendais à dormir vite et profondément. J’avais fondé de grandes espérances sur une bonne nuit. Mais, au bout de dix minutes, je dus reconnaître que cette gêne nerveuse ne se décidait pas à s’engourdir. J’entendais des tic-tac, des craquements brefs du bois et des murs. Sans doute des horloges-de-mort. Chacun des bruits imperceptibles de la nuit se répondait, en tout mon être, par un coup électrique.

Les branches noires se heurtaient dans le vent, au jardin. A chaque instant, des brins de lierre frappaient ma vitre. J’avais, surtout, le sens de l’ouïe d’une acuité pareille à celle des gens qui meurent de faim.

—J’ai pris deux tasses de café, pensai-je: c’est cela!