—«Regarde.»

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A cette parole s’étaient écartés les pans du grand voile de l’autel de Sivà, laissant apercevoir l’intérieur de la caverne que surplombait le dieu.

Deux ascètes, les paupières abaissées selon les rites sacerdotaux, soutenaient, aux extrémités latérales du sanctuaire, les vastes plis sanglants.

Au fond de ce lieu d’horreur, les trépieds étaient allumés comme à l’heure d’un sacrifice. L’Esprit de Sivà s’opposant, dans les symboles, à la libre élévation de leurs flammes, ces grandes flammes, renversées par les courbures de hautes plaques d’or, réverbéraient d’inquiétantes clartés sur la Pierre des victimes. Au chevet de cette Pierre se tenaient, immobiles et les yeux baissés, deux saïns, la torche haute.

Et là, sur ce lit de marbre noir, apparaissaient étendus, pâles d’une pâleur de ciel, deux jeunes êtres charmants. Les plis de neige de leurs transparentes tuniques nuptiales décelaient les lignes sacrées de leurs corps; la lumière de leur sourire annonçait en eux le lever d’une aube éclose dans les invisibles et vermeils espaces de l’âme; et cette aurore secrète transfigurait, en une extase éternelle, leur immobilité.

Certes, quelque transport d’une félicité divine, passant les forces de sensation que les dieux ont mesurées aux humains—avait dû les délivrer de vivre, car l’éclair de la Mort en avait figé l’expressif reflet sur leurs visages! Oui, tous deux portaient l’empreinte de l’idéale joie dont la soudaineté les avait foudroyés.

Et là, sur cette couche où les brahmes de Sivà les avaient posés, ils gardaient l’attitude, encore, où la Mort—que, sûrement, ils n’avaient point remarquée—était venue les surprendre effleurant leurs êtres de son ombre. Ils s’étaient évanouis, perdus en elle, insolitement, laissant la dualité de leurs essences en fusion s’abîmer en cet unique instant d’un amour—que nul autre couple vivant n’aura connu jamais.

Et ces deux mystiques statues incarnaient ainsi le rêve d’une volupté seulement accessible à des cœurs immortels.

La juvénile beauté de Sedjnour, en sa blancheur rayonnante, semblait défier les ténèbres. Il tenait, ployée entre ses bras, l’être de son être, l’âme de son désir;—et celle-ci, dont la blanche tête était renversée sur le mouvement d’un bras jeté à l’entour du cou de son bien-aimé, paraissait endormie en un éperdu ravissement. L’auguste main de Yelka retombait sur le front de Sedjnour: ses beaux cheveux, brunissants, déroulaient sur elle et sur lui leurs noires ondes, et ses lèvres, entr’ouvertes vers les siennes, lui offraient, en un premier baiser, la candeur de son dernier soupir.—Elle avait voulu, sans doute, attirer dans un doux effort, la bouche de son amant vers la fleur de ses lèvres, lui faisant ainsi subir, en même temps, le subtil et cher parfum de son sein virginal qu’elle pressait encore contre cette poitrine adorée!... Et c’était au moment même où toutes les défaillances, où tous les adieux, toutes les tortures d’âme s’effaçaient à peine sous le mutuel transport de leur soudaine union!