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Ah! l’étincelante nuit! De toutes parts, jusqu’à l’horizon, des myriades de lueurs fixes ou mouvantes peuplaient l’espace. Au delà des quais et des ponts sillonnés de lueurs d’équipages, les lourds feuillages des Tuileries, en face de la croisée, remuaient, vertes clartés, aux souffles du Sud. Au ciel, mille feux brûlaient dans le bleu-noir de l’étendue. Tout en bas, les astrals reflets frissonnaient dans l’eau sombre: la Seine fluait, sous ses arches, avec des lenteurs de lagune. Les plus proches papillons de gaz, à travers les feuilles claires des arbustes, en paraissaient les fleurs d’or. Une rumeur, dans l’immensité, s’enflait ou diminuait, respiration de l’étrange capitale: cette houle se mêlait à cette illumination.
Et des mesures de valses s’envolaient, du brillant des violons, dans la nuit.
Au brusque souvenir du roi dans l’exil, il me vint des pensers de deuil, une tristesse de vivre et le regret de me trouver, moi aussi, le passant de cette fête. Déjà mon esprit se perdait en cette songerie, lorsque de subits et délicieux effluves de lilas blancs, tout auprès de moi, me firent détourner à demi vers la féminine présence que, sans doute, ils décelaient.
Dans l’embrasure, à ma droite, une jeune femme appuyait son coude ganté à la draperie de velours grenat ployée sur la balustrade.
En vérité, son seul aspect, l’impression qui sortait de toute sa personne, me troublèrent, à l’instant même, au point que j’oubliai toutes les éblouissantes visions environnantes! Où donc avais-je vu, déjà, ce visage?
Oh! comment se pouvait-il qu’une physionomie d’un charme si élevé, respirant une si chaste dignité de cœur, comment se pouvait-il que cette sorte de Béatrix aux regards pénétrés seulement du mystique espoir—c’était lisible en elle—se trouvât égarée en cette mondaine fête?
Au plus profond de ma surprise, il me sembla, tout à coup, reconnaître cette jeune femme; oui, des souvenirs, anciens déjà, pareils à des adieux, s’évoquaient autour d’elle! Et, confusément, au loin, je revoyais des soirées d’un automne, passées ensemble, jadis, en un vieux château perdu de la Bretagne, où la belle douairière de Locmaria réunissait, à de certains anniversaires, quelques amis familiers.
Peu à peu, les syllabes, pâlies par la brume des années, d’un nom oublié, me revinrent à l’esprit:
—Mademoiselle d’Aubelleyne! me dis-je.