La première fois, elle avait tenu, sans appeler, contre de pauvres gens, et grâce à sa flamboyante manière de tenir une épée, on s'était enfui après quelques coups de pointe dont trois assaillants étaient restés sur le pavé.
La seconde, elle jeta une poignée de florins et leur dit de sa voix calme:
—C'est parce que je ne me soucie pas de vous tuer.
Et, entr'ouvrant son manteau, la marquise laissa voir les pistolets, tout armés, de son ceinturon.
La troisième, elle se vit cernée subitement. Il était deux heures de la nuit. C'était au sortir d'un bouge où elle venait de sauver de la maladie et de la faim deux familles moribondes.
Elle abaissa précipitamment sa visière, fit feu deux fois et mit l'épée à la main. Comme elle avait affaire à une meute d'ivrognes pauvres, qui se ruaient en aveugles sur elle, toute défense était paralysée et impossible. On sauta sur ses bras.
Elle se dégagea une seconde fois par un mouvement terrible; mais, se voyant désarmée, elle eut un sourire amer sous son casque. Un stylet vint se briser la pointe sur sa cuirasse; un autre l'eût aveuglée sans sa visière: malgré les coups de poing d'une précision et d'une force étranges dont elle défonça, pendant quelques secondes, un certain nombre de trognes et de poitrines, elle comprit de suite qu'on allait finir par l'étouffer ou l'étrangler. Dans le fort de cette lutte, et voyant luire les grands couteaux, elle portait déjà une bague empoisonnée à ses lèvres pour ne pas tomber vivante à leur merci, lorsqu'un des personnages cria un nom inconnu et qu'elle n'entendit même pas.
A ce seul mot, tous s'écartèrent. On échangea quelques paroles à voix basse: leur effet fut étonnant. Ceux qui l'entouraient s'agenouillèrent devant elle et lui demandèrent pardon. Elle ne répondit rien; mais, debout au milieu des groupes hideux éclairés par la lanterne d'un ex-voto, elle remit son épée dans sa gaîne et s'en alla lentement.
Depuis, on ne l'inquiéta plus. Dans les ruelles les plus désertes et les plus sombres, un appel de sa voix eût suffi pour la défendre; mais elle n'aurait pas appelé. Tacitement les pauvres s'entendaient pour le reconnaître et ne pas lui faire de mal. Ils se défendaient de la suivre par respect; d'ailleurs un cheval tout sellé l'attendait au point du jour à un tel endroit, et un temps de galop eût distancé les espions de tout genre: on ne la questionnait jamais...