— Voici le compte rendu de l’autopsie, dressé en ma présence par les docteurs de la Faculté, a-t-il dit.
Ayant parcouru d’un coup d’œil le pli doctoral, ce fut avec une sorte de stupeur nouvelle que le magistrat donna lecture du rapport suivant, — (rédigé toujours en ce style d’ess-bouquet radical et recommandé pour le mouchoir, que nous avons préconisé au début de ce récit) :
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« Monsieur le juge d’instruction,
« Nous nous empressons de porter à votre connaissance le résultat de nos examens. Ce matin, sur les huit heures, nous avons eu l’honneur d’extraire de la pulpe cérébrale de madame la vicomtesse de Rotybal le projectile qui a causé son décès. Nous ne doutons pas que votre étonnement ne dépasse, s’il se peut, le nôtre, en apprenant que ce projectile est un très curieux spécimen de l’espèce minérale et non point un lingot de plomb. Voici l’explication, à la fois simple et des plus bizarres, de sa présence dans l’encéphale de l’intéressante défunte.
« Monsieur le juge d’instruction voudra bien se rappeler, tout d’abord, qu’en France, durant nos belles nuits d’été, à l’époque où la Nature se recueille, pour ainsi dire, dans l’universel sentiment de l’Amour, c’est par milliers et par milliers que l’on compte (au dire de la Science la plus élémentaire) ces brillants météores, ces pierres de lune qui sillonnent, en éclatant, parfois, avec la détonation d’une arme à feu, notre atmosphère. Or, chose des plus singulières ! il se trouve qu’après mûre analyse nous avons dû le reconnaître à n’en pouvoir douter : c’est d’un fatal hasard, de ce genre phénoménal (d’une rareté heureusement constatée), que la regrettée châtelaine a été l’innocente victime. L’explosion d’un bolide à hauteur des grands arbres du parc a projeté, tout bonnement, cet éclat d’aérolithe, mortel comme celui d’un obus — et d’une manière quasi perpendiculaire — sur la tête de la jeune rêveuse, hélas !... C’est donc à notre satellite, — en un mot, c’est la Lune — qu’il faut nous en prendre. Notre doyen, professeur d’Histoire naturelle, a même l’honneur de demander à M. le vicomte de Rotybal l’autorisation de déposer ce funeste échantillon du ciel au musée de la ville.
De tout quoi, nous avons attesté, en ce jour de juin 1885.
Signé : Drs L*** et K***. »
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— Tiens ! un miracle !... s’est tranquillement écrié M. de Rotybal à la fin de cette lecture. Et ce plaisantin du journal qui prétend à mon sujet « que le ciel ne se mêle plus de nos petites affaires !... »