Ce fort spirituel correctif, ayant singulièrement attiédi l’enthousiasme avec lequel un grand nombre de ménages modèles avaient accueilli, d’ensemble, la nouvelle inespérée, bien des fronts charmants se sont assombris ; les regards, les silences, les soupirs étouffés, tout, dans les attitudes, enfin, semblait dire : « Alors, à quoi bon ?... »
— O belles oublieuses ! Et Paris ?... N’est-il pas autour de nous, tirant son feu d’artifice perpétuel de surprises étranges ? capitale à déconcerter l’imagination d’une Shéhérazade ? ville aux mille et une merveilles, où se réalise, comme en se jouant, l’Extraordinaire ?
Au lendemain de l’ukase sénatorial, voici qu’un actualiste à tous crins, un novateur de génie, le major Hilarion des Nénufars, a trouvé le biais pratique si désiré des chères mécontentes.
Il va dissiper les moues les plus rêveuses et ramener le sourire, depuis quelques jours disparu, sur les visages délicieux de nos dernières sentimentales.
Grâce à son éclairé savoir-faire, l’agence du Chandelier-d’Or s’est organisée : elle a conquis, dès son aurore, la vogue du Tout-Paris élégant : y recourir, sera pour les mondaines, le suprême pschuttisme, cet automne. Elle entreprend la location de... Roméos de fantaisie, de simili-séducteurs, lesquels se chargent, moyennant quelques futiles billets de banque, de se laisser prendre en un flagrant délit d’adultère fictif, avec celles qu’ensuite des amants réels épouseront tranquillement dans un temps moral après l’esclandre.
Maison de confiance.
Présentant des garanties spéciales, elle fournit, dans les conditions les plus sérieuses, les gens de paille du Divorce. Institution légale et régulière, elle s’adresse aux dames qui, désabusées d’un hymen sans idéal, sont, néanmoins, soucieuses de tenter un nouvel essai loyal du mariage.
Quant aux sécurités, le major a tout prévu ! Considérant sa mission, dans la société moderne, comme presque sacerdotale, le sympathique entrepreneur d’adultères s’étant, par délicatesse, constitué solidaire et garant de ses acolytes, ses mesures sont toujours prises, vingt-quatre heures avant chaque « séance », pour qu’il puisse, effectivement, répondre de son délégué. Car il soumet alors cet officieux Lovelace à l’ingestion d’un certain électuaire de famille, — élixir déclaré souverain par les Facultés, — et dont les propriétés bienfaisantes (noblesse oblige !) sont de rendre ses séides à ce point inoffensifs, incorruptibles, et, pour un temps, réfractaires aux plus innocentes effervescences, qu’après se l’être assimilé, ceux-ci pourraient, au besoin, doubler les Saint-Antoine sans désavantage apparent. — C’est une sorte de Léthé-chez-soi, qui ferait descendre à la température polaire le vif-argent du plus africain des caprices ! — Par ainsi, nul abus des situations n’est laissé loisible. C’est là le point d’honneur de la Maison. Et l’amant le plus ombrageux, après avoir confié, d’urgence, l’élue du cœur, à l’un de ces Tantales désassoiffés, peut dormir sur les deux oreilles.
Les convenances étant sauvegardées par cette ingénieuse formalité préalable (qui, d’ailleurs, s’imposait à titre d’exigible dans l’intérêt général), le monde admet tacitement, d’ores et déjà, l’entremise de ces tiers sans conséquence dans les divorces de distinction.
Toutes facilités donc, pour convoler désormais, indéfiniment, au gré de ses inclinations successives, sont offertes au public par l’agence du Chandelier d’Or. Quelques-unes de nos plus aimables libres-penseuses ont même pris un abonnement, pour simplifier.