A ceci nous répondons :
— Alors, que ce pouvoir, quel qu’il soit, qui, nous dit-on, serait guidé par une intelligence, et qui élève, jusqu’aux plafonds de vos appartements, des corps lourds, animés ou inanimés, fasse pencher seulement l’un des plateaux de cette petite balance qui, sous son globe de cristal, est sensible à un poids si minime qu’il en faudrait dix mille comme lui pour faire un gramme.
On nous parle de « fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits, et même d’êtres vivants apportés au travers des murailles. »
A ceci nous répondons :
— Qu’on introduise donc un milligramme d’arsenic à travers les parois d’un tube de verre dans lequel de l’eau pure est hermétiquement scellée par nous !
On nous parle de « coups frappés qui se produisent jusqu’à ébranler les murs, dans les différentes parties d’une chambre où deux personnes sont tranquillement assises devant une table ; — de maisons secouées jusqu’à en être endommagées par un pouvoir extra-humain » ; — et l’on ajoute que « des plumes ou des crayons tracent tout seuls des lignes présentant un sens ; — que des ressemblances de défunts apparaissent. »
A ceci nous répondons :
— Que ces coups se produisent seulement sur la membrane tendue d’un phonautographe ! — Que ce pendule, en sa gaine de verre, soit seulement mis en vibration ! — Que cette plume, que je tiens, rature seulement, sur ce bureau, l’un seul des mots que je viens d’écrire !... Quant aux « apparitions » nous avons des instruments qui mesurent l’éclair : qu’une seule d’entre elles passe, pendant la durée d’un 120e de seconde seulement devant la lentille de l’un de ces instruments !
Enfin, l’on nous parle de « manifestations d’une puissance équivalente à des milliers de kilogrammes, et qui se produisent sans cause connue. »
— Eh bien, l’homme de science, qui croit fermement à la conservation de la force, demande que ces manifestations se répètent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les mesurer, et les soumettre à des essais catégoriques. Et, pour conclure, quelle que soit l’estime où l’on puisse tenir les témoins de faits provoqués, nous dit-on, par la seule présence d’individus « exceptionnels » appelés médiums, quelque intègres, charmants, chevaleresques, que soient ou puissent être ces médiums, eux-mêmes, nous ne pensons pas que cela doive, rigoureusement, amener qui que ce soit à une somme de confiance suffisante pour accepter ainsi, sans analyse ni contrôle méthodiques, la réalité de phénomènes qui commencent par démentir les notions les plus élémentaires de la Science moderne, entre autres celle de l’universelle et invariable loi de la gravitation. »