Sur le seuil, n’osant entrer en apercevant la reine de Bénarès éclairée encore, au fond du temple, par les flammes du sanctuaire et qui s’était détournée, — les trois vizirs inclinés la regardaient, leurs armes en main, l’air meurtrier.
Derrière eux, les guerrières montraient leurs jeunes têtes d’Apsarâs menaçantes, aux yeux allumés par une inquiétude de ce qu’était devenue leur maîtresse : elles se contenaient à peine d’envahir la demeure du dieu.
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Autour d’elles, au loin, l’armée, dans la nuit.
Alors, tout ce rappel de la vie, et la mélancolie de sa puissance, et le devoir d’oublier la beauté des rêves ! et jusqu’aux adieux de l’amour perdu, — tout l’esclavage, enfin, de la Gloire, gonfla, d’un profond soupir, le sein d’Akëdysséril : et les deux premières larmes, les dernières aussi ! de sa vie, brillèrent en gouttes de rosée, sur les lis de ses joues divines.
Mais — bientôt — ce fut comme si un dieu eût passé ! — Redressant sa haute taille sur la marche suprême de l’autel :
— « Vice-rois, vizirs et sowaris du Habad, cria-t-elle de cette voix connue dans les mêlées et que répercutèrent toutes les colonnades du sombre édifice — vous avez décidé la mort d’un prince, héritier du trône de Séür, depuis la mort de Sinjab, mon époux royal : vous avez condamné à périr Sedjnour et, aussi, sa fiancée Yelka, princesse de cette riche région, soumise, enfin, par nos armes ! — Les voici !
« Récitez la prière pour les ombres généreuses, qui, dans l’abîme de l’esprit, s’efforcent vers le Çwargâ divin ! — Chantez, pour elles, guerrières, et vous, ô chers guerriers ! l’hymne du Yadjnour-Vêda, la parole du Bonheur ! Que l’Inde, sous mon règne, hélas ! enfin à ce prix pacifiée, refleurisse, à l’image de son lotus, l’éternelle Fleur !... Mais qu’aussi les cœurs se serrent de ceux dont l’âme est grave : car une grandeur de l’Asie s’est évanouie sur cette pierre !... La sublime race d’Ebbahâr est éteinte. »