Ce résultat bien obtenu, on le fluidifie et l'on en sature la Carnation par un procédé de volatilisation, le tout membre à membre et en se conformant aux nuances de la Nature,--comme, avons nous dit, un habile parfumeur sature une fleur artificielle de l'odeur correspondante.--Ainsi, le bras d'en haut est embaumé du tiède et personnel parfum de son modèle.

Dès lors, la Carnation, ainsi imbue de ces parfums et ceux-ci une fois recouverts par l'Épiderme, y demeurent plus indélébiles qu'en un sachet. Le reste, l'Idéal, vous le fournirez vous-même. Et je vous dis que ce diable de Samuelson a trompé, déjà plusieurs fois, sous mes yeux, l'odorat d'un animal, à force de vérité dans ses dosages: je l'ai vu contraindre un basset à s'acharner, en aboyant, et à mordre sur un morceau de chair-artificielle frotté des simples équivalents chimiques du fumet d'un renard!

Un nouvel accès d'hilarité, chez lord Ewald, interrompit l'électricien.

--Ne faites pas attention, mon cher Edison, s'écria-t-il; continuez! continuez. C'est merveilleux! Je rêve! Je ne puis m'empêcher,--et, cependant, je n'ai pas envie--de rire.

--Ah! je comprends et je partage votre impression! répondit mélancoliquement Edison; mais songez au prix de quels riens, ajoutés les uns aux autres, se produit, parfois, un ensemble irrésistible! Songez à quels riens tient l'amour même!

La nature change, mais non l'Andréïde. Nous autres, nous vivons, nous mourrons,--que sais-je! L'Andréïde ne connaît ni la vie, ni la maladie, ni la mort. Elle est au-dessus de toutes les imperfections et de toutes les servitudes! Elle garde la beauté du rêve. C'est une inspiratrice. Elle parle et chante comme un génie,--mieux même, car elle résume, en sa magique parole, les pensées de plusieurs génies.--Jamais son coeur ne change: elle n'en a pas. Votre devoir, donc, sera de la détruire à l'heure de votre mort. Une cartouche de nitro-glycérine, un peu forte, ou de panclastite, suffira pour la réduire en poussière et rejeter sa forme à tous les vents du vieil espace.

XI

Uranie

«Cette étoile qui brille comme une larme.»
GEORGE SAND.