Et les scènes de torture, depuis le commencement des sociétés jusqu'à celles qui se sont passées dans les prisons de la San Hermandad au temps où les bons fraïles redemptors, nantis de leurs trousseaux de fer, massacraient, en leurs affreux loisirs, pendant des années, les Maures, les hérétiques et les juifs?--Et les questions qui ont été subies dans les cachots de l'Allemagne, de l'Italie, de la France, en Orient et dans l'Univers?--L'Objectif, aidé du Phonographe, (qui sont connexes,) en reproduisant à la fois la vue et les différents cris des patients, en eussent donné une idée complète, exacte. Quel enseignement salubre c'eût été dans les lycées, pour assainir l'intelligence des enfants modernes--et même des grandes personnes!--Quelle lanterne magique!

Et les portraits de tous les civilisateurs, de Nemrod à Napoléon, de Moïse à Washington et de Koang-fu-Tsë à Mohammed!--Et des illustres femmes, de Sémiramis à Catherine d'Alfendelh, de Thalestris à Jeanne d'Arc, de Zénobie à Christine de Suède?

Et les portraits de toutes les belles femmes, depuis Vénus, Europe, Psyché, Dalila, Rahel, Judith, Cléopâtre, Aspasie, Freya, Maneka, Thaïs, Akëdysséril, Roxelane, Balkis, Phryné, Circé, Déjanire, Hélène, etc, jusqu'à la belle Paule! jusqu'à la Grecque voilée par la loi! jusqu'à lady Emma Harte Hamilton!

Et tous les dieux, enfin! et toutes les déesses! jusqu'à la déesse Raison, sans oublier monsieur de l'Être! Grandeur nature!

Hélas! n'est-ce pas dommage qu'on n'ait pas les photographies de tout ce monde-là?--Quel album!

Et en Histoire naturelle? En paléontologie, surtout!--Il est hors de doute que nous nous faisons une idée très défectueuse du mégathérium, par exemple,--de ce pachyderme paradoxal,--et que nos conceptions du ptérodactyle, cette chauve-souris, ce chéroptère géant,--du plésiosaure, ce patriarche monstrueux des sauriens,--sont, pour ainsi dire, enfantines. Ces intéressants animaux s'ébattaient ou voletaient, cependant, leurs squelettes l'attestent, à cette place même où je rêve aujourd'hui,--et ce, voici à peine quelques centaines de siècles, moins que rien;--quatre ou cinq fois moins que l'âge du morceau de craie avec lequel je pourrais l'écrire sur une ardoise.

La Nature a bien vite passé l'éponge de ses déluges sur ces ébauches informes, sur ces premiers cauchemars de la Vie! Que de curieuses épreuves il y aurait eu à prendre de toutes ces bêtes, cependant!--Hélas, visions disparues!

Le physicien soupira.

--Oui, oui, tout s'efface, en effet! reprit-il;--même les reflets sur le collodion, même les pointillés sur les feuilles d'étain. Vanité des vanités! tout est, bien décidément, vanité. Ce serait à se briser l'objectif, à se faire sauter le phonographe, à se demander--les yeux aux voûtes (purement apparentes, d'ailleurs, du ciel),--si la location de ce pan de l'Univers nous est gratuite et qui en solde le luminaire?--qui, en un mot, nous avance les frais de cette Salle si peu solide où se joue le vieux logogriphe--et, enfin, d'où l'on s'est procuré tout ces lourds décors de Temps et d'Espace, si usés, si rapiécés, auxquels personne ne croit plus.

Quant aux mystiques, je puis leur soumettre une réflexion naïve, paradoxale, superficielle, s'ils veulent, mais singulière:--N'est-il pas attristant de penser que si Dieu, le Très-Haut, le bon Dieu, dis-je, enfin le Tout-Puissant, (lequel, de notoriété publique, est apparu à tant de gens, qui l'ont affirmé, depuis les vieux siècles,--nul ne saurait le contester sans hérésie--et dont tant de mauvais peintres et de sculpteurs médiocres s'évertuent à vulgariser de chic les prétendus traits)--oui, penser que s'Il daignait nous laisser prendre la moindre, la plus humble photographie de Lui, voire me permettre, à moi, Thomas Alva Edison, ingénieur américain, sa créature, de clicher une simple épreuve phonographique de Sa vraie Voix (car le tonnerre a bien mué, depuis Franklin), dès le lendemain il n'y aurait plus un seul athée sur la terre!