Hadaly se pencha vers le jeune homme et lui dit, avec la voix de la vivante:

--Souvent, là-bas, dans le vieux château, après une journée de chasses et de fatigues, souvent, tu t'es levé de table, Celian, sans avoir touché au souper solitaire--et, précédé par des flambeaux dont tes yeux ensommeillés ne supportaient les clartés qu'avec ennui, tu es rentré dans ta chambre, ayant soif d'obscurité et d'un profond repos.

Là, bientôt, après une pensée vers Dieu, tu éteignais la lampe et t'endormais.

Et voici que d'inquiétantes visions bouleversaient ton âme en ce sommeil!

Tu te réveillais en sursaut, regardant, pâle, autour de toi, dans les ténèbres.

Alors, c'étaient comme des ombres ou des formes qui t'apparaissaient; tu distinguais, parfois, une figure; elle te regardait avec une solennelle fixité. Tu cherchais tout de suite à démentir le témoignage de tes yeux et voulais t'expliquer ce que tu voyais.

Si tu n'y parvenais pas, une anxiété sombre, prolongement du rêve quitté, troublait ton esprit jusqu'à la mort.

Pour en dissiper les suggestions, tu rallumais quelque lumière, et tu reconnaissais, alors, avec ta raison, que ces visages, ces formes ou ces regards n'étaient que le résultat d'un jeu des ombres nocturnes, d'un reflet des nuages lointains sur le rideau, de l'aspect, étrangement animé par la vertu des silencieux mirages de la nuit, de tes vêtements jetés sur un meuble, à la hâte, au hasard du sommeil.

Souriant, alors, de ta première inquiétude, tu éteignais de nouveau la lumière et, le coeur satisfait de cette si absolue explication, tu te rendormais paisiblement.

--Oui, je me rappelle,--dit lord Ewald.