Et, faisant feu de nouveau, il abattit, à cent pas de lui, d'une balle sans doute, le superbe basset qu'il venait d'accuser.

A ce spectacle inattendu, Sylvabel tressaillit.

—Comment! vous tuez ce chien, le rendant coupable de votre maladresse? s'écria-t-elle, un peu saisie.

—Et je le regrette, car je l'aimais beaucoup! répondit tranquillement Gabriel. Mais je suis ainsi fait que je ne puis supporter sans un mouvement parfois violent une contrariété; soldat, je serais fusillé, je le sens, dans les vingt-quatre heures. C'est un défaut qui rendit mon enfance batailleuse—et dont j'ai voulu jusqu'à ce jour, en vain, me corriger. J'essayerai de nouveau, cependant, pour vous plaire.

Sylvabel, serrant sa cravache, se tut, un peu songeuse.

Et l'on repartit. Entre temps, Gabriel parla de toutes autres choses que de l'incident… oublié. Ses paroles furent légères et rares.

Une heure après, environ, comme une compagnie de perdrix s'envolait, en face d'eux, avec son bruit spécial, Gabriel épaula, tira: pas un des oiseaux ne perdit une plume.

—Vraiment, voilà qui est insupportable! gronda-t-il très bas mais d'une voix calme: c'est ma gredine de jument, figurez-vous, qui a fait un écart au moment où je visais.

Ce disant, il prit un pistolet d'arçon dans l'une des fontes, introduisit, froidement, le bout du canon dans l'oreille de la bête et lui fit sauter la cervelle. D'un bond de côté, à terre, il évita, non sans grâce, la chute de l'animal qui, tombé sur le flanc, demeura sans mouvement après une brève agonie.

Pour le coup, Sylvabel ouvrit tout grands ses yeux bleus: