A cette parole, Félicienne tressaillit et se retourna: sur son joli visage, un rayonnement de joie subite fit comme scintiller la veloutine.
—Hein? s'écria-t-elle; comment, Georgette. Et tu ne me l'as pas écrit tout de suite?
—Dame! pouvais-je croire que tu n'avais pas deviné? que tu me soupçonnais? Savais-je, même, pourquoi tu me battais froid? Demande-moi vite pardon d'avoir pensé que je pouvais te trahir, vilaine… bête! Et embrasse ta Georgette!
Elle était dans les bras de son amie, qui, maintenant, la contemplait avec tendresse. Toutes deux échangèrent, enfin, de nouveau, ce regard de jadis où l'estime laïque d'elles-mêmes s'évoquait au fort des mille souvenirs de l'Institution Desagrémeint.
Fière, Félicienne retrouvait son amie toujours digne d'elle.
Un peu confuses du malentendu qui les avait un instant désunies, elles se pressaient la main, l'une à l'autre, sans vaines paroles.
Séance tenante, en attendant ces messieurs, Félicienne, ayant demandé une carte postale ouverte, écrivit de revenir à M. de Testevuyde, s'accusant d'avoir été dupe de mauvaises langues. Celui-ci, qui s'était d'abord formalisé, eut le bon goût de ne pas tenir, une minute, rigueur à sa chère Félicienne!…—qui, le lendemain, vers deux heures, chez elle, ne manqua point de le gronder, par exemple, de son inconduite:
—Ah! monsieur, lui dit-elle, boudeuse en le menaçant du doigt,—c'est donc vrai que vous allez dépenser tout votre argent chez les filles?
LA TORTURE PAR L'ESPÉRANCE
A Monsieur Edouard Nieter.