Le comte d'Armagnac, à force d'exactions et de cruautés, s'était fait exécrer de la population; le fils du gardien de la porte Saint-Antoine, Perrinet Leclerc, qui avait été frappé de vingt et un coups de fourreau d'épée, par ses ordres (quoique bourgeois), ouvrit la porte des fossés à Villiers de l'Isle-Adam, sur un signal convenu.

La reine et le grand baron, suivis des capitaines et de leurs soldats, entrèrent dans Paris. Et alors commença, aux cris de vive Bourgogne! vive Isabeau! un massacre vengeur et formidable qui dura trois jours, aux lueurs des incendies.

Villiers de l'Isle-Adam se précipita vers l'hôtel Saint-Pol, surprit la garnison, la dispersa, fit prisonnier le roi Charles VI, qu'il mit en lieu de sûreté; puis chercha le connétable qui se cachait.

Il courut dans Paris avec ses cavaliers, mettant à prix la tête du comte d'Armagnac, et tuant ceux qui ne criaient pas: Vive la reine!

L'Isle-Adam découvrit bientôt le connétable et, l'ayant blessé mortellement dans la lutte, exécuta son serment à la lettre. Il lui traça la croix de Bourgogne sur la poitrine d'un coup d'épée.

Le lendemain, à l'arrivée de Jean sans Peur, l'Isle-Adam ayant été fait maréchal de France, et Paris étant pacifié, il y a lieu de penser que le baron obtint d'Isabeau la permission de se «mettre en ung lit».

La reine eut bien des aventures galantes et inconnues. Celles-ci sont les principales.

Elle fut surnommée «la grande gaupe» par tout le populaire. Elle avait donné à la France le dauphin Charles VII, qui grandissait. Cependant la beauté merveilleuse d'Isabeau ne subit aucune atteinte du temps pendant de longues années. Cette beauté survécut même à ses amours.

Isabeau de Bavière mourut cependant presque abandonnée, vers l'âge de cinquante ans, et universellement méprisée.

(Septembre 1876.)