Si Hic et Hec est réellement de Mirabeau, il faut croire qu’après l’avoir confié à un libraire, l’amant de Sophie fit la défense qu’on le publiât. Le grand tribun n’avait plus besoin de sa plume pour vivre. Le libraire conserva sans doute une copie du manuscrit et le fit paraître après la mort de Mirabeau.

Ce charmant ouvrage n’est point indigne de l’auteur de l’Erotika Biblion et de Ma Conversion. Il s’agit des aventures d’un élève des jésuites d’Avignon, qui après la dispersion de l’ordre est placé comme précepteur dans une famille bourgeoise, mais riche et accueillante. Les personnages appartiennent au monde ecclésiastique, à la noblesse. On trouve quelques anecdotes charmantes. Ce petit roman licencieux a été écrit avec une grâce et un esprit qui sont rares. Il a été pillé par l’auteur de Mylord Arsouille[13] qui parut avant lui, mais une copie de Hic et Hec a pu fort bien tomber entre les mains du pamphlétaire peu scrupuleux qui publia la médiocre relation des plaisirs de lord Seymour, dont Mylord Arsouille était le surnom populaire.

Le Rideau levé ou l’Éducation de Laure est une sorte d’Emile concernant les demoiselles. Mirabeau n’est pas l’auteur de cet ouvrage, qui aurait été écrit par un gentilhomme bas-normand, nommé le marquis de Sentilly. L’auteur, qui avait sans doute décidé d’abord de faire l’apologie de l’inceste, fut retenu bientôt par des considérations qui n’ont point embarrassé certains romanciers modernes. Laure, dont l’éducation morale aussi bien que sexuelle, doit être achevée par son père, apprend bientôt que l’homme qu’elle appelle mon papa n’a en réalité avec elle aucun lien de parenté. C’était beaucoup trop de pudeur. L’auteur le comprit vite et n’hésita pas à faire intervenir plus loin l’inceste encore, mais sous l’aspect qui paraît moins révoltant: l’inceste de frère et de sœur. Le Rideau levé est un ouvrage au-dessus de sa réputation.

Le chien après les moines est une satire alertement versifiée, mais fort insignifiante. La notice qui se trouve en tête de la réimpression de 1869 contient ces lignes qui paraissent judicieuses:

«L’épître à la Guimard[14], pour glorifier son caractère charitable, offre en tête une initiale qui ne s’applique pas trop bien au comte de Mirabeau: par M. M... Nous ne serions pas éloigné de chercher plutôt cet anonyme dans Mercier ou Théveneau de Morande.»

Le Degré des âges du plaisir renferme quelques renseignements anecdotiques. Cependant le titre laissait supposer quelque chose de plus voluptueux. Mirabeau n’est pour rien dans cette élucubration bizarre.

G. A.

ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE

sur les ouvrages qui font l’objet de ce recueil.