Je dirai que ce dieu présidait à toutes les débauches du paganisme. Ses Phallalogies, ou ses fêtes, se célébraient particulièrement à Lampsaque. Les Égyptiens, selon certain auteur, le nommaient Horus et le représentaient «jeune, ailé, avec un disque sous le pied, tenant un sceptre dans la main droite, et de la gauche soulevant son membre viril, qui égalait en grosseur tout le reste de son corps.» Festus rapporte que les Romains lui élevèrent un temple sous le nom de Mutinus, «où il était assis avec le membre en érection, sur lequel les jeunes épouses venaient s’asseoir avant de passer dans les bras de leurs maris, afin que ce Dieu eût les prémices de leur virginité. C’est pour cela que lui était dédiée la première nuit des noces, que présidaient, sous ses ordres, les dieux Subigus, Jugatinus, Domitius et Mutius (Jugatinus, qui unissait l’homme et la femme par le mariage. August., De Civ., IV, c. 8.—Domitius, qui protégeait la mariée dans la maison du mari. Aug., VI, c. 9.—Mutinus, dont la coutume religieuse était de faire asseoir la jeune mariée sur un fascinum, de dimension énorme et monstrueuse. Aug., IV, c. 11), et les déesses Virginiensis, Prenia, Pertunda, Manturna, Cinxia, Matuta, Mena, Volupia, Strenua, Stimula, etc. (Manturna, dont l’office était de faire en sorte que la femme restât avec le mari. Aug., IV, c. 9.—Cinxia, qui devait ôter la ceinture à la mariée. Arnob., lib. III, p. 118.—Matuta, qui présidait aux caresses du réveil. Plut., in Camillo.—Mena, qui présidait aux menstrues des femmes. Aug., c. 11.—Volupia, qui présidait à la volupté. Arnob., lib. IV, p. 131.—Strenua, qui excitait au coït. Aug., IV, c. 11.—Stimula, qui faisait agir avec vivacité. Aug., IV, c. 11.—Viripiaca, qui présidait au raccommodement. Val. max., lib. II, c. 1, n. 6.—Prosa, qui présidait aux accouchements. Aul. Gell., lib. XVI, c. 17.—Egeria, qui présidait à la délivrance. Voyez Festus.) Toutes divinités officieuses qu’on invoquait dans l’acte du coït, et qui avaient dans la cérémonie de l’hymen chacune un emploi particulier.
La jeune mariée, au sortir de la couche nuptiale, allait offrir à Priape autant de branches de saule qu’elle avait essuyé d’assauts amoureux:
Quæ quot nocte viros peregit unâ,
Tot vergas tibi dedicat salignas.
Ce dieu fut aussi surnommé Phallus, Ityphallus, Triphallus et Fascinus (Plutarque, dans ses Commentaires, περι τῆς φιλοπλουτίας, ou Passion des Richesses, et dans son livre sur Isis et Osiris; Columelle, dans son Traité de l’Agriculture, Pompéjus et Hérodote, liv. 2, en donne une ample description), symboles de la fécondité, que l’on voyait en tous lieux, sur les dieux Termes, dans les jardins, dans les gynécées des dames romaines, où, pour tribut de reconnaissance, elles appendaient à sa chapelle des tableaux votifs, et posaient publiquement des couronnes de fleurs sur son membre en érection.
Ces dames portaient des phallus à leur cou, et en suspendaient à celui de leurs enfants. Ces bijoux précieux étaient ordinairement d’or, d’ivoire, de verre ou de bois; quelquefois elles en faisaient en étoffe de laine ou de soie pour amuser leur... libertinage et charger leur vaisseau (ad suam onerandam navem), comme le dit si plaisamment Pétrone.
Quoique nos mœurs n’admettent pas d’honorer publiquement ce dieu, nous ne cessons cependant de lui dresser des autels en particulier: ce sont les boudoirs de nos petites maîtresses qui remplacent maintenant ces édicules.
Au reste, saint Jérôme croit que ce dieu était le même que le dieu des Moabites et des Madianites, qu’ils invoquaient sous le nom de Peor, Beelphegar ou Phegor. Mais toujours est-il que Priape était connu et même adoré des Juifs, puisqu’il est rapporté dans la Bible que «dans la vingtième année du règne de Jéroboam, roi d’Israël, Asa, roi de Yuda, chassa de son territoire tous les efféminés et purifia son royaume de toutes les souillures de l’idolâtrie que ses pères avaient établies. De plus, il défendit à sa mère Mahacham d’être désormais la prêtresse des sacrifices de Priape, dans le bois qui lui était consacré; puis il renversa sa statue et brûla cette image infâme dans le torrent de Cédron.» (Rois, chap. XV, v. 9 à 13.—Paralipomènes, liv. II, ch. XV, v. 16.) Le texte hébreu porte miphletzet, que les interprètes traduisent indifféremment par caverne, assemblée, idole, mots qui dans ce passage de la Bible expriment la même idée; car il est avéré que Mahacham, avec la confrérie qu’elle avait formée et dont elle était le chef, célébrait dans les bois ou lieux obscurs les sacrifices de Priape, qu’accompagnaient les crimes les plus honteux et les plus infâmes prostitutions.
SUR LE THALABA
Mot hébreu que l’on comprendra aisément quand on aura lu l’histoire des Jésuites, l’Onanisme de Tissot et la Nymphomanie de M. de Bienville.