Qui ne s’en enivre?

Nous autres, bons Provençaux,

Soyons les joyeux oiseaux

De la soleillade

Et de la Maïade.

Et ailleurs:

Dix fois sur onze,—il me semble que les morts ont—moins de vieillesse—que les vivants d’aujourd’hui.—Car, dans tout son orgueil,—le siècle meurt d’ennui;—et, sans les jeunes filles—que largement nous donne—le bienfaiteur divin,—la joie prendrait fin.

Le merveilleux bruissement parfumé qui s’exhale des grands poèmes de ce trouvère, comme d’un beau paysage crépitant et criblé de clartés, à l’heure de midi, vibre tel qu’un orchestre, lequel assimilerait parfois leur chantre à un Wagner sans trouble, dont Mireille serait le Lohengrin et Nerto les Maîtres-Chanteurs. Oui, Mistral a, du maître de Bayreuth, le retour du Leitmotiv, l’art des énumérations familières et joyeuses, de noms ou de choses, l’instrumentation harmonieuse des voix simultanées de la foule; et, à plusieurs reprises, dans son œuvre, tels tours de pensée spiritualiste et sublime sur la survie de l’amour des âmes, aux transports sensuels[36].

[36] Calendal, ch. X, Str. 62.

Son goût descriptif de la nature, ses retours aux souvenirs d’enfance[37] l’apparentent souvent aussi à l’admirable Valmore, à cette différence près, des perles du rire qu’il égrène en de méridionaux paysages, tandis que le Nord de Marceline se diaprait du collier, perpétuellement défilé, de ses intarissables larmes.