La suite a prouvé qu’il y avait encore à glaner sur le compte de la grande poétesse, et grâce à la contagieuse zélation qu’engendre une telle œuvre, puisque cette suite ne fut rien moins que les précieux et divers articles de MM. Verlaine, France, Lemaître, Rodenbach, Descaves, la correspondance de Desbordes-Valmore elle-même, publiée par M. Rivière.

Maintenant, faut-il s’attrister des réalités dont la publication de ladite correspondance dépoétise pour des lecteurs superficiels la figure de notre Muse? Ce serait renouveler une querelle à jamais brumeuse.

L’auteur de Bruges-la-Morte, qui voudrait nommer un curateur aux morts pour éviter des déformations et des discrédits posthumes, se prononce pour la négative.—L’auteur de Thaïs se réjouit, au contraire, des indiscrétions qui confèrent aux figures disparues plus d’humanité poignante. Et, quelles que puissent être nos appréhensions, et nos scrupules, là, sans doute, est l’acception vraie.

De même qu’il y a un corps matériel, de même il y a un corps spirituel, affirme saint Paul. On en pourrait arguer autant de la pure résultante finale des renommées. Le corps spirituel ne s’en élabore qu’à l’aide des corruptions successives pareilles à celles du grain d’où doit germer l’épi auquel l’apôtre assimile notre renaissance future et définitive, après que la mort aura été absorbée par la victoire. Résignons-nous donc aux constatations légales un peu touche-à-tout autour des phases les plus sacrées et les plus secrètes de la vie à jour de l’auteur des Élégies. Sa noble effigie ne peut que gagner à se dégager de ces scories enfin incorruptible et radieuse.

Depuis le jour où j’ai tenu à inscrire mon nom au bas d’un nouveau commentaire, tout au moins patient et passionné de l’œuvre bénie, je me suis borné à me réjouir de la répercussion en tant d’intelligentes sensibilités, de mon appel, de mon rappel. Mais je réclame aujourd’hui le rôle de rapporteur d’une question devenue familière, pour en résumer les péripéties et en dégager les efficacités immédiates.

Au lendemain de ma conférence de la Bodinière, un sculpteur douaisien, statuaire de talent, me venait entretenir de son désir d’ériger en la ville natale du poète une figure dont il avait ébauché la maquette.

Je passe les détails du lent avènement soumis aux plus compétentes juridictions, du projet enfin viable; de l’éclosion, sous le ciseau attentif et attendri de M. Houssin, d’une bien personnelle et poétique représentation de la Muse des Pleurs et des Fleurs, au profil éloquemment inspiré de celui de David d’Angers, et sous les atours dont la mode atténuée atteste une date sans trop l’accentuer[28].

[28] Voir le [P. S. 2], à la fin du volume.

La consécration, par deux expositions successives, des donations généreuses, enfin les efforts des comités se résolvent en l’inauguration, le 13 juillet, à Douai, du monument à la gloire de Marceline Desbordes-Valmore. Déjà les voix les plus autorisées, les élans les plus chaleureux et les plus sincères, les talents les plus puissants et les plus exquis s’apprêtent à exalter la lyre, entre toutes inspirée et vibrante, qui a chanté, d’elle-même, ces deux vers révélateurs inscrits sur le socle de notre statue:

Ma pauvre lyre, c’est mon âme,