Où, dans l’air bleu, l’Éternité chemine...
le 13 juillet 1896, et par un soleil reconnaissant de l’ode admirable que lui dédia, jadis, l’héroïne de la fête, un train extraordinaire partit de Paris, presque à l’aurore. Dans ces wagons d’alliance il y avait nombre d’artistes élus, empressés à surmonter les difficultés pour témoigner de leur dévouement à la noble cause; des porte-parole insignes, d’éminents représentants de la presse, et pour la gentille apothéose douaisienne, tout un public d’élite tel que les Parisiens en voient peu, parmi lequel une particulière gratitude nous doit faire distinguer, à côté de notre éminent ami Barrès, le parfait dessinateur Caran d’Ache, l’humoriste malicieux sans fiel, dont tous agitaient comme un spirituel drapeau de ralliement la brillante affiche parue le matin même, en plein Figaro, et représentant la dernière diligence en route pour l’inauguration du monument de Marceline.
Et dès la réception à la gare par la famille Gayant, les antiques géants hérauts de ces fêtes du Nord, de ce groupe intellectuel et généreux emporté d’un élan réfléchi vers cette lointaine glorification de la tendre inspirée, ce fut l’entrée par les rues pavoisées de la ville fleurie, en un enchantement ensoleillé aux successives phases de fraternelles agapes en d’anciens palais, de représentations en des salles et dans des jardins pleins de musiques et de poésie.
L’heureux protagoniste de cette belle journée tint à honneur d’en inaugurer le déroulement et d’en préciser les origines, dans l’allocution qui suit et dont—il se fait gloire de l’affirmer, ne s’en attribuant que la joie—un accueil chaleureux y trouva et prouva dans tous ces cœurs, de flatteuses affinités, de sensibles correspondances.
Mesdames, Messieurs,
Je l’écrivais, l’autre jour, je tiens à le redire ici, je ne revendique aujourd’hui que le rôle de rapporteur d’une question, on peut le dire, conclue et close; close par cette inauguration comme le peut être un bracelet ou un collier par un fermoir précieux; et conclue, comme ces bâtisses où les ouvriers joyeux accrochent une gerbe de fleurs, en signe d’achèvement: conclue... par un bouquet.
Bien loin de moi, en effet, la prétention risible dont plusieurs auraient voulu m’affubler, à l’origine des événements que cet avènement couronne, d’avoir cru et voulu inventer Mme Desbordes-Valmore. Je le répète: je n’ai voulu que rafraîchir les fleurs et les palmes d’illustres ex-voto spontanés, entrelacés autour de ce souvenir par tant de gestes augustes et de mains généreuses.
Certes, on pourrait le dire—si le cœur et le génie ne s’inventaient pas tout seuls—les plus grands l’avaient inventée avant nous, inventée malgré elle! Et c’est une des plus saisissantes caractéristiques de la vie de notre héroïne (j’allais dire: de notre Sainte!) que cette modestie confuse, à tout jamais incertaine, qu’elles aient véritablement trait à elle-même, en présence d’admirations aussi sincères que magnifiques.
Au contraire, j’ai hâte de vous les rappeler ces radieux admirateurs de Mme Valmore, de formuler l’énoncé superbe et retentissant de leurs noms glorieux, de les faire éclater au-dessus de vos têtes, de les répandre, tels qu’autant d’inestimables joyaux, d’en illustrer comme d’autant de fleurs de pierreries, les roses et les palmes que nous entre-croisons aujourd’hui autour de son lierre.
Hugo, Vigny, Dumas, Sainte-Beuve, Gautier, Banville, D’Aurevilly, Baudelaire! Baudelaire, dont une page admirable et charmante vous sera lue tout à l’heure par un prince d’entre nos poètes: M. Catulle Mendès, le subtil Maître qui a tenu à venir tout exprès pour vous réciter l’œuvre d’un autre. Fier effacement qui nous permet de le remercier du double hommage qu’il apporte ainsi à la Grande Marceline: la page que lui a consacrée un poète mort—et immortel; et la page—sans nul doute bien exquise! que lui-même, heureusement bien vivant! lui a dédiée... dans son cœur!