C’est à Valvins, près de Fontainebleau, que nous allons bientôt ; et il faut qu’avant la fin de la saison, car septembre sera très beau, vous veniez avec moi, vous enfoncer un jour sous la forêt. Je vous souhaite quelque lame venue des mers du loin, comme dit Poë, si vous êtes en train de vous baigner.

Votre main,

S. M.

Valvins, près Fontainebleau.

Mardi, 9 septembre 1879.

Mon cher Monsieur de Montesquiou,

Ainsi vous nous avez trouvés tous envolés ! C’était avec espoir et joie, vous savez, nous avons tant de fois parlé de cette fuite à la campagne. Malheureusement, au bout de quelques jours, tout, le mauvais temps aidant à la mauvaise santé, s’assombrit : nous avons traversé les heures les plus cruelles que nous ait causées notre malade mignon, car des symptômes que nous croyions disparus à jamais se sont représentés ; ils s’installent à présent. Les améliorations anciennes n’ont été que factices, et le combat de la maladie me semble se livrer maintenant. La campagne nous procure l’expérience déjà commencée d’une diète lactée dont un médecin espère grand bien. Je suis trop tourmenté et même trop pris matériellement par notre pauvret, pour rien faire littérairement, que tracer quelques notes rapides.

Vous, où en êtes-vous ? Je vois par le timbre de votre lettre que vous avez pris à pleins poings, quelques heures au moins, la crinière des vagues, c’est un divertissement salutaire et noble. Que vous seriez charmant de venir une fois en notre verdure ! vous nous trouveriez fort en désarroi, et vous contenteriez d’un coin de table vite mise, aux moments des repas ; mais notre bonne amitié jetterait là son voile, ou sa nappe. Tole parle bien de vous, et se plaît même, le matin, à gentilment imiter votre voix. La perruche dont le ventre aurore semble s’enflammer de tout un orient d’épices, regarde en cet instant d’un œil la forêt, et le lit de l’autre, comme un désir empêché de promenade qu’aurait son petit maître.

Au revoir ; bien votre main,

Stéphane Mallarmé.