Tout tressaille averti de la prochains ondée.
Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa correspondance où l’on sent à chaque ligne une spirituelle et naturelle allégresse prête à éclore, refoulée par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les siens, pour les autres,—ah! que si rarement et discrètement pour soi! Et cela sans jamais de ton pleurnicheur ni même larmoyant, en une si haute tenue de style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature fière avec modestie, humble avec noblesse.
Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne sont que de jolis placets implorant secours pour plus pauvre que soi. Il semble, et l’épistolière le dit, que l’expérience toujours plus aiguë et raffinée du malheur, n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et affectivement aux endolorissements d’autrui.
De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc, Derains, Nairac, Branchu, etc., puis a des illustres: Dumas, Auber, Chaix d’Estanges, etc., en lesquels son inlassable zélation rencontre des aides. Presque chaque épître enveloppe, disons entortille d’une grâce qui se fait chatte quand il s’agit du bien du prochain un petit drame de misère adroitement présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies et jolies bien savoureuses et surprenantes à relire en notre ère de lettres de quête autographiées et pas même signées de la main de la demanderesse.
Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de spirituels:
Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes bien bonne de l’avoir lu sur ma figure.
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Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie est souvent triste et isolée comme la mort.
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Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le mieux aux goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut prendre de la boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est la carte. L’autre printemps, c’était... affreux; des boulets et du sang, du sang et des boulets. Il m’en reste un horrible souvenir dans l’âme et dans les nerfs.