Je commence par vous demander humblement pardon d’une démarche qui n’a d’appui que votre extrême bonté.
Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être connue de vous je me sente assez de courage pour recommander quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant pour avoir enhardi jusque-là mon humilité.
Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui doit garder prochainement leur nouvel hôtel.
Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert des plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de charité, je me féliciterais d’avoir à signaler à madame la Duchesse les nommés Roblin, concierges de la maison d’assurance et de gaz, rue de Richelieu no 89. Cette vaste maison devant être prochainement démolie laisse un père de famille très probe et très intelligent à la triste liberté de chercher un autre asyle. Les répondants les plus graves et les plus honorables viendraient à l’appui de mon humble supplique près de madame la Duchesse, et justifieraient avec empressement les premières paroles portées jusqu’à vous, madame, par votre plus humble servante.
Mme Desbordes-Valmore.
89, rue de Richelieu.
Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre Dumas. On en admirera le tour fémininement fraternel.
Lyon, le 29 mai 1835.
Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré d’être obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous ces hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de votre accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous aime donc de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire, votre bonheur en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous jeter vos fleurs, vos Christine, vos âmes de femmes qui doivent vous étouffer. Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien que je n’en aurai jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera toujours impossible de vous être bonne à rien sur la terre qu’à me faire du bien comme vous en avez pris l’habitude.
Soyez heureux!