Croissante impatience d’Henriette: «Mon Ami...» dit-elle, en s’adressant au Comte (un de ces mon ami, dont l’aigre froideur suffit à empoisonner toutes les phrases qu’il entame...), mon ami, voyez ce qui se passe...omment expliquer ce retard?... c’est incompréhensible... pensez-vous qu’il soit arrivé un accident?» le tout entrecoupé de réflexions sur le service d’hiver et le mauvais état des chemins.

Le «Calmez-vous, ma chère!» dont l’interpellé répond à ce déluge de possibilités, n’est pas moins indifférent, mais il est plus soumis. Le Comte a fait un mariage d’intérêt, en épousant cette cousine maigre, déjà vieille fille, en apparence vouée au célibat, et dont la fortune, assez respectable, a permis d’accorder, au castel familial, des restaurations sans cesse ajournées, en même temps que d’acquérir des terres.

La vieille Dame, qui craint fort de mécontenter sa bru, dont le caractère désole sa bonhomie propre, mais de qui les revenus la lui rendent sacrée, cherche une diversion, pendant que les futures élèves de Mademoiselle poursuivent leur stupide petit jeu, dit d’esprit.

«Henriette—fait la marquise, complaisante—devrai-je me lever pour recevoir Miss Winter?» (C’est le nom de la Gouvernante attendue).

Henriette regimbe: «Gardez-vous-en bien, ma mère, si vous ne voulez pas me désobliger.»

«J’avais pensé, continue la vieille, que cela ne tirait pas à conséquence, et pouvait passer pour une exception, un jour d’arrivée...»—«Encore une fois, ma mère, je vous demande comme un service de n’en rien faire. Il ne faut pas lui donner de mauvaises habitudes. Nous serions perdus. Tenez-vous-le pour dit, je vous en conjure.»

Et la belle-mère, de conclure délibérément: «N’en parlons plus, ma petite, je ferai comme il vous plaira.»

C’est ainsi que la voyageuse, à son insu, dans l’asile que la confiance lui promet, comme l’espérance le lui dore, et avant même d’en avoir franchi le seuil, se voit humiliée, presque offensée, ni plus ni moins qu’un personnage de Dostoiewsky.