XLIII

Miss avait, à Chatou, un correspondant goguenard qui fit, un jour, une mauvaise farce. Prié à dîner par une très aimable Dame, qui lui détailla les convives, il connut que parmi ceux-ci, devait figurer l’honorable directeur de la Revue des Deux Mondes. Au lieu d’acquiescer avec reconnaissance, l’invité répondit:

«Madame,

«J’habite la campagne. Je ne viens pas beaucoup à Paris. Monsieur Charmes publie les vers(?) de la Duchesse de Rohan, plutôt que les miens (est-ce une preuve de compétence et de goût?). Cet homme-là ne mérite pas son nom. Il doit manger des Lucioles; et comme vous ne pouvez manquer d’être une excellente maîtresse de maison, par le seul fait que vous vous abstenez de rimer, vous obtiendrez, sans nul doute, du maître d’hôtel, de servir, tout crus, au patron du périodique démodé, quelques vers luisants. Et comme vous devez être difficile sur la marchandise, ce ne seront pas ceux de la Duchesse de Rohan.

«Quoi qu’il en soit, ça me ferait de la peine (je suis de la Société Protectrice des Animaux) de voir croquer par cette bouche classique, ces petites bêtes lumineuses et inoffensives.

«Veuillez agréer, Madame, etc...»

Cette lettre, que son correspondant lui avait communiquée, Miss la lut à ses maîtres, qui ne la jugèrent justiciable que du panier.

Et ce fut un nouveau grief mutuel.