Et Mademoiselle répondit en baissant les yeux: «Que mon Bien-Aimé vienne dans son jardin et mange du fruit de ses arbres!...»

Alors Berthe: «Revenez, revenez, ô Sulamite, afin que nous vous considérions.»

La Sulamite continua: «Mon Bien-Aimé est blanc et vermeil, vous le distingueriez entre dix mille. Ses joues sont comme de petits parterres de plantes aromatiques. Les jambes sont comme des colonnes de marbre, posées sur des bases d’or. Mon Bien-Aimé est comme un bouquet de myrrhe, puisse-t-il demeurer entre mes mamelles!»...

«Pas un mot de plus, Mademoiselle!» cria la Comtesse, debout, pâle de colère. «Je vous l’avais bien dit, ma mère; Monsieur le Curé, excusez-nous. Pour votre fête, cette ridicule et profane mascarade!...»

«Ridicule mascarade, le Cantique des Cantiques...» balbutiait la Gouvernante, simplement surprise, sincèrement désolée.

Les deux fillettes restaient debout, gauches et décontenancées. On eût dit deux traversins noués par le milieu, ou deux sacs de farine.

«Allez ôter ce carnaval, petites sottes!» vociféra Henriette, au comble de la fureur.

O Berthe, ô Noémi, c’était évidemment le Petit Savoyard, de Guiraud, qu’il eût fallu que Mademoiselle vous fît apprendre!...