N'est-ce pas charmant et, d'autre part, un peu ahurissant, ce savant modeste et ce fier écuyer? Par bonheur, l'écrivain cité plus haut, veut bien nous secourir encore. Écoutez-le: «des bottes montantes ou des brodequins de couleur, des pantalons de tricot blanc serré ou des hauts de chausses bigarrés flottant sur les hanches, des camisoles rouges ou bleu de ciel, ou rayées de mille façons, le cou, les bras nus jusqu'à l'épaule, quelquefois des gants de peau de daim, des casquettes extravagantes ou des chapeaux de paille avec des rubans, et l'énorme battoir, instrument du jeu, sur l'épaule, c'est dans cet équipage que le gentleman imbu du respect de lui-même, doit se produire à l'admiration publique. Que ce soit sur une prairie Anglaise, en vue d'une pagode de la Chine, sur une plaine glacée aux environs du Pôle Nord, un Anglais de bonne fame et renommée, qui va jouer au cricket, ne saurait s'affubler autrement sans se compromettre.»[8]
[8] Gobineau.
Remplacez le mot cricket, par le mot polo, ce sera tout de même. Alors, n'est-ce pas un édifiant spectacle que de se représenter le «dévoué président», qui se résigne à dépouiller de si avenantes frusques, pour revêtir avec un orgueil aussi modeste que celui de Violette, les manchettes de Monsieur de Buffon?
Mais voici un autre exemple de sport associé au savoir. Monsieur Mæterlinck joue des poings avec son boxeur, dans le moment précis où on vient lui apporter la rosette. Cette invasion lui semble même assez indiscrète. Pour un peu, il camperait un gnon au Conseil de l'Ordre. Tout de même il consent à surseoir.—Voilà ce que nous conte un entrefilet qui prétend au sérieux.
On connaît cette manie, à la fois naïve et un peu agaçante, chez tous les nouveaux décorés, ou surdécorés, et qui consiste à feindre l'indifférence, ou même l'étonnement. Chacun sait pourtant qu'en dehors des coups de grisou, et autres sinistres, où l'on porte au rescapé, incapable de discuter, l'étoile spontanée, il faut postuler cet honneur sans élan, se faire appuyer, en un mot, se donner bien plus de mouvement que pour beaucoup de leçons de boxe. Mais tout de suite après, on rentre dans le rôle de celui qui «ne fait pas semblant de rien», parce que, tout de même, on se rend bien compte qu'il y a quelque chose d'un peu dérisoire, dans le fait de recevoir un cadeau que l'on a sollicité.
Les jeux d'enfants (n'est-ce pas pour cela qu'on nomme hochets, tous les attributs de vaine gloire?) présentent quelquefois, mais avec plus de grâce, cette plaisante anomalie: les bambins viennent vous consulter sur le choix de la surprise qui vous serait agréable; puis ils exigent que vous ne sachiez plus rien de ce qui a été dit, alors qu'elle éclate.
Je vois encore, dans ce jeu de cache-cache de nos légionnaires, une forme de l'illusion des autruches, qui se croient devenues invisibles parce qu'elles ont mis leur tête sous leur aile. Mais peut-être, après tout, sont-ils sincères, dans ce jeu d'illusion et de stupéfaction feinte. A force de dire: «c'est pour faire plaisir à ma mère, à ma femme, à mes enfants…» ces matois finissent, sans doute, par se persuader qu'ils ne sont pour rien dans la chose.
Quelques mois passés, je parcourais une chronique de Fœmina, pseudonyme de Madame Bulteau. Le factum s'achevait par des raisonnements, plutôt détachés, sur la vanité des distinctions, et en substance, concluait ainsi: «or, devinez où je vais de ce pas: demander des croix.»
Un distrait ou un maladroit ne manquerait, certes, pas d'ajouter: «charité bien ordonnée…—Que la dame ait ou non, demandé des Croix, il ne m'appartient pas d'en décider; ce qui est certain, c'est qu'elle en a au moins demandé une.»
Moi qui me pique d'être plus clairvoyant et mieux inspiré, je dis, au contraire: «quelle cuisante déception, pour l'honorable postulante, qui s'est peut-être entendu refuser ce que sollicitait, avec tant de désintéressement, son zèle pour autrui, quand elle se sera vu, malgré elle, accorder, au lieu de cela, ce dont son dédain précédent et contradictoire paraissait faire fi, ou qui sait? peut-être plus simplement, ce dont sa modestie se jugeait indigne! Encore une violette.»