Et cependant cette histoire est-elle la plus belle de toutes? Goûtez et comparez.
Une dame qui tient un petit casino scientifique, esthétique… et payant, tirait parti et profit de la palabre d'un artiste aimable, pour qui la réponse à faire au titre du livre d'un jeune écrivain disparu, ne laissait aucun doute: «penses-tu réussir?» Il pensait parfaitement réussir, et même «dans les coins.» Or, comme les bons procédés exigent des échanges, la dame (indirectement soufflée par son collaborateur qui, lui, habile, faisait toujours faire le gros ouvrage, et n'apparaissait jamais que pour le favoriser ou le récompenser) la dame s'avisa que le moment était venu d'accorder à l'artiste ce qu'il désirait le plus, à savoir: un petit nœud. Donc elle se pendit, un beau matin, aux récepteurs d'un magnat qu'elle ne connaissait mie, (en tout cas beaucoup moins que moi-même), et lui dit ces mots angoissés: «la croix d'Obligado—c'était le nom opportun du futur obligé—la croix d'Obligado ne marche pas.» Ce qui était incorrect pour un certificat d'études et un brevet de capacité, mais éloquent pour une situation tendue.
Bref, sur douze voix que, paraît-il, l'élection nécessitait, deux seulement s'étaient prononcées pour l'affirmative. La dame, qui avait compté sur une rente annuelle de palabres, en échange d'un bienfait, qui ne lui coûterait que des démarches, la dame râlait. Et la transmission par fil, de cette suprême forme de communication présentait quelque chose d'en dehors de l'abonnement, qui défiait la provision et déconcertait la friture.
Une veuve célèbre fut encore sollicitée, qui tira trois voix de sa manche de crêpe; cependant que le magnat extrayait de la sienne un bras fort long qui atteignit à l'étoile.
De nouveau la dame se pendit aux cordons verts, qui communiquaient avec les cordons rouges, et confirma, cette fois, que la croix marchait aussi allègrement qu'un haricot voyageur. Et, quelques semaines après, le mince filet rouge empourpra le téton de l'intéressé, comme la blessure d'un Sébastien dont les plaies seraient des boutonnières.
Quand tout fut fini, le destinataire, après avoir joué la surprise, témoigna la reconnaissance et, comme son protecteur avait, lui, ainsi qu'il convient, conquis un grade supérieur, dans la promotion simultanée, envoya un télégramme, dont la rédaction exigeait beaucoup de soins, qui furent pris, et donnèrent un résultat satisfaisant…
En effet, il y fallait de l'élan, mais réprimé, du sourire, mais supprimé, pas de rhétorique, pas de vocalises, bonnes pour les cœurs tendres et les esprits sans ambition, les circonstances étant officielles et, le salut, presque militaire. Donc, après un bref exposé du motif de la félicitation, le shake hand montait au shako, et le bleu, que j'ai lu, se contentait d'y porter la main, un shako dessiné par Iribe.
Tout cela était bien, mais n'était rien, il y fallait la goutte-mère du discret entraînement à de nouveaux bienfaits, dont le premier anneau n'admet que de commencer la chaîne, qui, plus tard, attachera, quand il aura fait des petits. La situation était délicate, étant décisive; un mot impropre pouvait rater le coup et stériliser l'avenir. Le «dévouement» traditionnel et désuet porte des gros sabots, et «l'hommage» marche sur des œufs, qu'il casse quelquefois.
Inutile d'ajouter que le correspondant, inventif et malin, rencontra le terme unique dans le trajet de son patelin à la recette postale. Et il signa: «VOTRE AMI SUBORDONNÉ» ce qui était à la fois un coup de chapeau et un coup de maître. Le second plan, il ne pouvait l'admettre que sur ce fond-là. C'était dire qu'il acceptait bien de ne monter que d'un cran, chaque fois que son protecteur franchirait un degré; mais qu'il n'admettait pas moins.
*
* *