«Ceux qui redoutent les chiquenaudes ne sauraient assez méditer sur ce qui échappe aux plus pacifiques, dans le feu du «café-liqueurs.»

«La vieille Tyra, célèbre par ses osanores, entendant adresser à Timon, par des auditeurs exaltés, le titre d'«unique», pensa-t-elle ajouter à ce brevet, en attestant lourdement, qu'elle avait entendu dire cela d'un dentiste.—«Était-ce le vôtre, Madame?»—riposta gentiment Timon.—Et comme ce vieux requin postiche paraissait nier, il conclut: «dans ce cas, Madame, ce n'était pas le bon

«Un convive un peu insolent, mais assez spirituel, que l'on avait engagé à dîner aux côtés de cette reine des «bouffe-toujours» répondit à peu près: «pour ce qui est de Flora, je la connais, et l'espace compris entre le pot et le rôt n'a plus rien à me révéler sur le secret de sa mastication, le mystère de sa digestion et la profondeur de son âme.»

«Tout de même, il vint au repas, et personne n'eut à s'en applaudir. Il fut inconvenant, il appela le joli livre de Madame Stern: un sternutatoire, et fit d'autres facéties d'aussi mauvais goût. Il y avait, en ce convive, du loustic et du braque. Une dame ayant exprimé, avec insistance le désir de le connaître, il lui proposa un jour. Elle répondit: «je suis très prise en ce moment»; à son tour il rétorqua: «voilà donc enfin une circonstance qui me permet de l'emporter sur vous, Madame, puisque vous n'êtes que prise, et que moi je suis enlevé

—Aromesti dit enfin: «Tout dépend de savoir si vous voulez faire votre carrière ou faire votre vie. S'il vous faut la gagner, résignez-vous d'avance, car cela va de soi, résignez-vous à produire des œuvres dont vous ne serez pas content, puisqu'il vous faudra plaire pour vendre, ce qui n'est pas un bon moyen de se satisfaire, quand on est difficile. Néanmoins, et c'est de quoi consoler, les concessions des Maîtres n'en restent pas moins des objets de maîtrise. Rappelons-nous que Blake dédaignait son «Livre de Job», qu'il avait composé dans des conditions de cet ordre.

«Vous me demandez la différence que j'établis entre ce que j'appelle faire sa carrière et ce que je nomme faire sa vie: mais précisément toute la distance.

«Faire sa carrière, c'est craindre tout ce qui pourrait l'entraver, par conséquent accepter les concessions, renoncer à réaliser ce qu'on voudrait, à dire ce qu'on pense, en un mot, entrer dans la convention et, par suite, dans la danse.

«Un artiste, que ne séduisent ni les décorations, puisqu'il faut les demander, ni les places, parce qu'il faut les solliciter, conserve du moins le droit de dire son sentiment, mais aussi de jouer le cavalier seul.

«Un tel artiste est de ceux dont je dis qu'ils font leur vie; ils ne sont pas entrés dans la convention, laquelle consiste, moins encore à sourire aux endroits voulus, à saluer aux points désignés, qu'à ne jamais contester une valeur cotée par un groupe de dictateurs arbitraires, et autoritaires pareillement; parce que cela équivaudrait, dans le monde des lettres, à cette forme de forfaiture loyale, qui consiste, chez un médecin, à dénoncer un traitement, selon lui, funeste, infligé à un patient, par un confrère.

«Stendhal écrit que, dans un salon, quand un indépendant risque une saillie, d'autant plus imprudente qu'elle est brillante, «le maître de la maison se croit déshonoré». Voyez les proportions que le scandale peut prendre, quand le maître de la maison, devient ce que l'on est convenu d'appeler: l'ordre social.