Je leur souhaite de faire leurs preuves. En attendant, ce que l'on peut affirmer, sans crainte d'être contredit par les gens d'esprit et de cœur, c'est que d'avoir accepté, même fomenté, les longs efforts entrepris par quelqu'un de méritant, pour vous faciliter des combinaisons ou des connaissances qui devaient vous servir, et une fois la réussite obtenue, se laisser détourner pauvrement de la personne à qui elle est due, il n'y a rien de si ridicule en même temps que de si misérable au monde.
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Ceux qui prennent parti contre nous, pour des personnes avec lesquelles nous les avons mises en relations, commettent une inconvenance, et se donnent un ridicule. Elles se servent de ce qu'elles tiennent de nous, pour nous désobliger et nous déplaire. Elles sont comme quelqu'un qui nous verserait du poison, dans une tasse que nous lui aurions donnée, ou qui userait d'une arme due à notre générosité, pour lui porter un coup.
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Nous trahir, c'est, sinon nous atteindre, du moins nous approcher; nous ne devons pas le permettre à beaucoup. Quand nous voyons, je ne dis pas fléchir, ce n'est pas de leur ressort, mais «flancher» des âmes indigentes, prenons les devants, et commençons par nous dérober à leur déplorable étreinte.
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Le genre, je ne dirai pas protection, mot prétentieux que je remplace par cette tournure plus agréable: mise en lumière et en valeur des individus—ce genre, dis-je, assez noble, mais fécond en déboires pour ceux qui s'y adonnent, présente bon nombre d'applications de la fable des marrons du feu. A peine pourvus des premiers éléments de succès, que nous leur avons fournis en les préconisant, et leur procurant l'occasion de se manifester par nos soins, le pianiste, le peintre ne nous destine plus que ses grimaces, et porte ailleurs toutes ses risettes (dirai-je ses rosettes?). Une vieille fille genevoise, un mécène rasta, des demi-mondains font leurs choux-gras de ces vaches maigres. L'une aura les marches funèbres, pour ses funérailles au bord du Léman, l'autre, le portrait après décès, et les troisièmes, les menus dans le goût de Beardsley, pour leurs popotes esthétiques. Cela s'appelle pompeusement ingratitude; ce n'est peut-être que débarras. Tapins et rapins et Scapins opèrent ailleurs; et leurs premières lettres remplissent nos tiroirs, de pattes de mouches, qu'ils dirigeaient vers nous en tremblant, quand ils sont «venus, nus, de leurs provinces.»
Quelqu'un m'écrivait, récemment, à ce propos: «vos intentions sont excellentes, mais ne servent qu'à paver l'enfer. Autant dire, je m'empresse de l'ajouter, qu'elles remplissent de demi-gemmes, des demi-salons qui vous doivent leur moitié de lueur, et ne vous en savent aucun gré.
«Lorsque des débutants viennent vous trouver, vous en concluez qu'ils rêvent d'être fiers, et voilà le malentendu créé, mais pas pour longtemps. Votre éclat les attire, beaucoup plus que votre valeur. Par rapport à vos vues sur le monde, ils sont comme des enfants que leur mentor met en garde contre un buffet suspect. Il leur dit: «ne touchez pas à ces hors-d'œuvre douteux, à ce beurre sans garantie, ces fruits sont en bois, et ces truffes fabriquées avec les échantillons d'une maison de deuil. J'ai, dans ma cantine, des œufs du jour, du pain de ménage, du jambon de Prague, des pêches de Montreuil, du chasselas de Fontainebleau, vous n'allez pas vous gâter l'estomac.» Les pauvrets feignent de vous écouter, mais guettent votre départ pour se précipiter sur les fruits ligneux et les tubercules de drap, qu'ils trouvent succulents.
«Vous dites de même: «n'allez pas chez Madame Foutriquet, ne posez pas pour Niger, ne croyez pas plus au génie de Crétin du Valais, qu'au mysticisme d'Arthur Iscariote. Vos protégés font semblant de vous croire, mais vos index orientés n'ont servi qu'à leur désigner ce qui leur convenait, car, en réalité, ils ne veulent qu'élégance sans arbitre, peinture sans poison, fumée sans flamme et foi sans loi, en un mot, tout ce que l'étiquette d'un produit révèle de sa falsification, quand l'analyse de ses éléments constitutifs, dénués de tout rapport avec ce dont ils se réclament, mérite qu'un bureau vérificateur, conscient de ses droits, et soucieux de ses devoirs, lui inflige, sous peine d'amende, d'ajouter au nom d'une fleur ou d'un fruit, qu'il invoque sans titres, le mot «fantaisie».