La princesse de Conti.—Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous prenez dans un exercice si pénible et si peu profitable: la défaite de vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des bêtes, à laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers.

Monseigneur.—Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on étoit sûr des victoires; mais depuis que j'ai été sur le Rhin[57] à me morfondre, où je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus; et je trouve beaucoup plus de charmes à courir des loups[58] que j'arrête quand je veux. Dernièrement, dans la forêt de Saint-Germain mes gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et, sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mâle: le maraut se sauva dans une île où l'on ne put le trouver.

La Princesse de Conti.—Voilà qui est fâcheux, mon Prince; mais parlons un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'à Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en paroît pas trop contente.

Monseigneur.—Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses en tête que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les comédiens à Trianon[59] pour la nièce du gouverneur de Versailles, elle est devenue jalouse comme un diable.

La princesse de Conti.—Ah! la vieille proscrite! l'amour l'inquiète-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aimé de mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir à cette conquête: la belle est prévenue d'un amant.

Monseigneur.—Qui est donc le galant de cette aimable fille?

La princesse de Conti.—Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est passionnément amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voilà une copie d'une lettre en vers, qu'on prétend qu'elle lui a écrite, qui est la plus tendre et la plus spirituelle du monde.

Monseigneur.—Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron.

La princesse de Conti.—Ils sont délicats et fort tendres.

Monseigneur.—C'est ce que je demande.