Le Roi.—Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donnés; car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une plus belle pénitence de mes fautes passées, et acquérir plus sûrement le Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de l'hérésie[83], et en établissant la maison de Saint-Cyr[84].

Le Père la Chaise.—Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on considérera toujours comme les merveilles de votre règne. Ne doutez donc pas que vous n'en receviez la récompense dans le ciel.

Le Roi.—Cela suffit; adieu donc, mon révérend Père; je me recommande à vos bonnes prières et à celles des Saints Pères de votre société.

ENTRETIEN VIII.

Madame de Maintenon et Monsieur Fagon, premier médecin du Roi.

M. Fagon.—Madame, je suis votre très humble serviteur; comment vous portez-vous?

Mme de Maintenon.—Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la santé.

M. Fagon.—Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son traité de médecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85].

Mme de Maintenon.—Hé, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du chagrin à tout moment.

M. Fagon.—Quel est donc le vôtre, Madame, ose-t-on vous le demander?