Le Roi.—Quelle est donc cette découverte?
M. de Pontchartrain.—La voici: Messieurs d'Argouges et Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes, et voyant que les finances de Votre Majesté commencent à s'épuiser, M. d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui est de mettre un impôt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume; les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne pouvant se servir de cet élément sans payer la somme imposée.
Le Roi.—Cet avis me paroît assez bon, et n'est pas à négliger.
M. de Pontchartrain.—L'on étendroit le règlement jusques sur les apothicaires, qui par leurs remèdes tirent un gros profit des vents du corps humain, et sur les médecins qui n'en tirent pas moins, et y contribuent autant par leurs ordonnances.
Le Roi, se frottant le front.—Je consentirois avec joie, si cela se pouvoit; mais chacun se révoltera d'abord contre ce nouvel impôt, particulièrement les médecins et les apothicaires qui crieront comme des diables.
M. de Pontchartrain.—Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous les réduirons comme les autres.
Le Roi.—Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a rapporté que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des enragés d'avoir osé taxer le service divin[97].
M. de Pontchartrain.—Cela se peut-il, Sire?
Le Roi.—Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Père Bobinet, confesseur du Père de la Chaise qui est mort depuis peu, a été député de l'assemblée céleste pour m'en avertir.
M. de Pontchartrain.—C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous avons trouvé pour avoir de l'argent.