Mme de Maintenon.—Le compliment est assez honnête; la belle comparaison qu'il fait d'une cavale à moi! de quoi s'avise-t-il d'aller saigner une cavale?

La Fortune, en riant.—Madame, un chirurgien, un médecin et un maréchal[114], ne mettent point de différence entre toutes les bêtes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent.

Mme de Maintenon, en colère.—Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune, avec tous tes petits raisonnements; cours dire à Bernier qu'il vienne promptement, que le Roi en a à faire.

La Fortune, bas.—Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois qu'il te mît la lancette si avant qu'elle n'en sortît jamais pour tes péchés.

M. Bernier, arrivant.—Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant fait attendre; j'étois occupé au service du prince de Conty.

Mme de Maintenon, d'un air fier.—Vraiment vous lui rendez là un beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un maréchal, mais non pas le vôtre.

M. Bernier.—Madame, c'est la plus jolie bête du monde, qu'il aime comme sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office.

Mme de Maintenon.—Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en matière. Je veux que vous me saigniez du pied à l'eau[116], pour m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent rouge comme vous me voyez.

M. Bernier.—Le remède est admirable, Madame, pour se rafraîchir le sang.

Mme de Maintenon.—Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je remarque que ce prince a le sang fort échauffé depuis qu'il...