Le Roi.—Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins désagréable.
Mme de Maintenon.—Mon cher prince, il me semble que ce sont vos péchés qui sont cause de ces châtiments si touchants; n'y réfléchissez-vous point quelquefois?
Le Roi.—Ce n'est pas à vous, Madame, que j'en dois rendre compte; l'homme est né pour pécher, et sans le péché la miséricorde de Dieu seroit inconnue sur la terre.
Mme de Maintenon.—Il est vrai, Sire; mais Votre Majesté croit-elle que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du siècle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples passe-temps? Elle devroit éviter avec soin tous les plaisirs inutiles, qui sont de vrais obstacles au salut.
Le Roi.—Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain.
Mme de Maintenon.—C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par lesquels le Seigneur est offensé.
Le Roi, en riant.—Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour, et où il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a formées elle-même? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un penchant si doux et si universel?
Mme de Maintenon.—Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous entraîne. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos sentiments. Mon Dieu, que Votre Majesté me paroît changée, depuis qu'elle voit Mademoiselle du Tron!
Le Roi.—En quoi, Madame, me trouvez-vous si changé?
Mme de Maintenon.—En toutes manières.