La Princesse.—Particulièrement le duc de Bourgogne est si bien représenté, qu'il ne lui manque que la parole.

Le Roi.—C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de Mignard? C'est à la vérité un chef-d'œuvre[144], où l'on voit Lucrèce qui se perce le cœur d'un poignard après avoir perdu sa virginité, que Sextus lui avoit enlevée en la violant.

La Princesse, en riant.—La pauvre fille étoit bien folle de se priver de la vie pour un mal où il n'y avoit point de remède! Cette prude farouche n'a rien emporté de sa violence, que le péché de se défaire soi-même, lequel est criant devant Dieu. Ce n'étoit au plus qu'un fantôme d'honneur qui lui fit commettre ce crime.

Le Roi.—Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de tout chez les Romains; présentement les dames de ce pays sont plus apprivoisées, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrèces dont la vertu fasse tant de bruit.

La Princesse.—Il en est de même parmi nous, Sire; je ne crois pas que les femmes soient aujourd'hui moins sensibles à l'honneur, qu'elles l'ont été du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et qu'ils avoient commerce avec elles.

Monseigneur.—C'est aussi ma pensée, Madame. Parbleu rien n'est si difficile à trouver qu'une fille qui ait gardé la fleur de sa virginité.

Le Roi, en riant.—Eh! comment le savez-vous, Monsieur?

La Princesse.—Sire, la dernière aventure que le Prince a eue à Marly, confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a trompé plaisamment[145].

Monseigneur, s'approchant de la Princesse.—Ah! la méchante! elle va découvrir le pot aux roses.

Le Roi.—Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a joué?