S'il est bon, sans doute, de chercher parfois à planer sur les hautes cimes de l'histoire et d'étendre de là ses regards jusqu'à de lointains horizons, il est surtout bon de se limiter à la contemplation d'horizons prochains, plus fructueusement accessibles. En d'autres termes, il est au point de vue moral et intellectuel, pratiquement salutaire de s'attacher, dans la vaste généralité des milieux historiques, à l'étude intime des grandes individualités, et d'entretenir avec elles un commerce dont la familiarité sympathique ne fait qu'accroître le respect et l'admiration qu'elles commandent.
Cette vérité, toute d'expérience, s'applique, nous sommes heureux de le constater, aussi bien à telles individualités contemporaines, qu'à telles autres des siècles passés; car ceux-ci n'ont pas, eux seuls, l'apanage des natures d'élite.
Or, de cette importante vérité, tirons une conclusion bienfaisante:
Aimons, honorons, dans le présent, ainsi que dans le passé, la grandeur morale, partout où il nous est donné d'en saisir l'aspect; et sachons, nous hommes surtout, proclamer avec gratitude, comme fils, comme frères, comme maris, comme pères, que jamais, soit au sein de la société, soit, bien plus encore, au foyer domestique, nous n'avons rencontré cette sainte grandeur plus féconde et plus touchante, que dans un cœur de femme, vivifié par la foi chrétienne, s'épanouissant dans l'inaltérable sphère du dévouement et de la bonté; puis, demeurons inébranlables dans la consolante conviction que ce noble cœur, lorsqu'il a cessé de battre, sur cette terre, laisse après lui, en s'élevant à la vie supérieure de l'Éternité, une trace lumineuse qui nous montre le chemin du ciel!!
APPENDICE
I
«L'esprit de Mme Jaquette de Longwy, duchesse de Montpensier, à la Royne, mère du roy.»
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 22.560, fos 94 à 97.)
«.... Que Vostre Majesté du service s'enqueste
Et de l'honneur de Dieu qui n'est point adoré,
Où le peuple ignorant adresse sa requeste.
Vous trouverez, madame, en faisant bonne enqueste,
Qu'il a monstré en quoy il veut estre honoré,
En quoy il est seroy, en quoy deshonoré,
Comment la vie et gloire immortelle s'acqueste.
S'il a sa volonté laissée par escrit,
Le temps ne sçauroit rien contre elle avoir prescrit
Qu'en son premier estat et force il ne remette.
A jamais durera l'éternelle bonté;
L'usaige n'obtiendra contre sa volonté,
Et de le soustenir qui vouldra s'entremette.
..........................................
Gardez-vous de penser comme Hérode, le sire
Et roy du peuple juif, que, le règne advenant
De Jésus-Christ, tous roys et règnes maintenant
Viennent de vostre filz la puissance destruire.
Ceste erreur feit jadis les innocens occire
A Hérode, et pourrait vous nuyre maintenant,
Si vous n'allez tousjours ce propos retenant
Que Dieu fait et maintient tout règne et tout empire.
C'est le roy souverain de tout le genre humain
Qui a mis la couronne et le sceptre en la main
De Charles, vostre filz qui domine la France.
Si Dieu veut que son peuple entende à le servir,
Qui diroit qu'il voulust le sceptre au roy ravir
Blasphémeroit le nom du Seigneur à outrance.
Asseurez-vous que Dieu, qui l'autorité donne,
Pays, peuples, subjects et dominations,
Princes, roys, empereurs, sur toutes nations,
N'a garde de ravir la puissance à personne;
Et qui de tel meffait Sa Magesté soupçonne,
Juge de l'Éternel selon ses passions,
De qui les voyes sont grâces, compassions,
Bénignité, pitié, mercy, volonté bonne,
Voire à ceux qui ont cœur de se renger soubz luy
Et qui ne cerchent force au bras qu'en son appuy
Qui doit contre l'effort de tous hommes suffire,
Car, quelque grands qu'ils soyent et de ses biens saoullez,
Comme gresse seront tout soudain escoulez.
Si Sa Magesté vient les reprendre en son ire.
.............................................
La faveur qu'autrefoys j'ay en vous rencontrée,
Et l'amour grand duquel il vous pleust de m'aymer,
Dont chacun me souloit heureuse renommer
Faisoit parler de moy en plus d'une contrée;
Mais ces records au ciel vous donneront entrée
S'il vous plaist si avant au cœur les imprimer,
Qu'en vos faits la vertu vous puissiez exprimer,
Qui aux enfans de Dieu de tout temps s'est montrée.
II